Pôles [PV Barry Stevenson]

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Message  Viktor Zamiatine le Dim 14 Fév - 1:21

Viktor enfilait une chaussette.

Ses yeux couraient le long des volutes serpentines qui distillaient leur éclat jaunâtre sur les arêtes d’un plafond rouge malade, dont coulait un papier peint rose tacheté de caillots blanc crème tournée, surplombé de voutes à renfoncements versatiles qui gonflaient leur cheminement de cahots insidieux, véritables niches à poison pour qui n’était pas habitué à suivre leur cours nauséeux.

Du fauteuil d’un cuir atrocement reluisant malgré la faible lumière, il s’absorbait dans cette rêverie enivrante, car il ne pouvait pas se permettre de consommer trop de gin dès le matin. Entre sa barbe naissante et sa gueule entr’ouverte dont s’échappait un râle proche de l’air exhumé d’un poumon crevé, il avait quelque chose de naturellement cadavérique. Là où le visage se veut médicalement bouffi, le sien se piquait de crevasses et de gouffres lamentables, où la sueur et les larmes nées de rêves sauvages venaient former des étangs morbides.

Il réalisa qu’il ne s’était pas lavé.

Enlevant sa chaussette, il offrit de nouveau à la moquette sanglante les méandres labyrinthiques de ses mains blafardes, vision exsangue qui ne le torturait plus, même s’il avait déjà eu l’impression de voir deux gros crabes arrachés à leur carapace danser et manipuler ses membres devant son regard impuissant et terrifié.

Il prit sa douche.

Injecté dans un costume gris, il se pendit à sa cravate et coupa son flux sanguin à coups de bracelet-montre. Après s’être épluché la mâchoire, il se noya dans une crème après-rasage et s’asphyxia de parfum.

Le professeur était là.

*
* *
*

Il sortit de sa chambre et alla directement vers sa salle de cours.

Raide comme un condamné, il chercha un rythme de marche. Il s’agissait d’aller assez vite pour ne pas risquer de passer inaperçu, et suffisamment lentement afin d’écarter l’idée qu’il pût être pressé. Certes, il n’était encore que sept heures et quart, et rares étaient ceux qui s’aventuraient déjà hors de leurs appartements, hormis les membres du personnels. Mais ceux-là ne faisaient pas exception à la règle : ils ne devaient voir que le Pr Zamiatine, élégant homme au port impeccable, à la barbe juste-ce-qu’il-faut-de-négligée, aux plis de costumes parfaits, aux boutons de manchette étincelants et au regard chaleureux. Ils devaient supplier le ciel qu’il ne fût pas trop absorbé dans ses pensées au moment de passer devant eux, afin qu’ils eussent la chance de le voir éventuellement tourner la tête vers eux, et les bénir d’un sourire magnanime. Bien sûr ! tous ne pouvaient jouir de ce privilège ; il se devait de ne le dispenser que de façon sporadique et sélective. Combien de fois il avait jubilé intérieurement, quand des groupes se défaisaient à son approche, et qu’il ne les gratifiait de rien, fût-ce un regard. Oh ! ce n’était pas qu’il dût s’inventer de la sévérité — après tout, comme tout bon père, il était bouffi d’amour pour ses enfants — simplement, qu’il devait laisser croire à suffisamment de préoccupations professionnelles, telles que l’organisation des cours, la correction de copies plus complexes que d’ordinaire, la refonte des programmes, etc., etc., etc. Un professeur a tant de choses si importantes auxquelles penser ! Et il devait bien le faire voir. Ce n’était pas un travail aussi évident que tant se l’imaginaient.

Il arriva à la porte de la salle et mit la clé dans la serrure.

Ce zèle matinale était une démarche de la plus haute nécessité. Il lui fallait rappeler à son esprit tout le jeu de mimiques, d’intonations et de passages emphatiques de son cours, afin qu’il transmît le tout correctement. Il se sentait à la fois le chef d’orchestre, repassant toute la symphonie dans sa tête encore et encore avant le concert, et puis le père ; le père de tous ces braves petits que le monde avait rejetés, dont cette bête cruelle n’avait pas voulu, mais que lui accueillait généreusement dans son sein ; le père qui s’approchait de ses enfants, le sourire jusqu’aux oreilles, les mains dans le dos, presque tremblantes tant elles savaient à quel point le cadeau était merveilleux.

Lundi matin : premier cours des N.U.T.S. Il avait intérêt à être remarquable ! Oh, les N.U.T.S… les préférés de papa…

Tout sourire, il voulut tourner la clé. Mais il ne put.

Il ouvrit la porte.

Quelqu’un d’autre s’était montré zélé de bon matin…
~750 mots


Dernière édition par Viktor Zamiatine le Dim 21 Fév - 3:33, édité 2 fois
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Re: Pôles [PV Barry Stevenson]

Message  Barry Stevenson le Dim 14 Fév - 5:21

    HEY BARRY, VIKTOR THINKS YOU'RE A AND HE'S SURELY RIGHT ABOUT IT.

    Kennedy


    Il n'était que divine perfection. Comme le prouvait par ailleurs les corps sans énergie de Candy, Jennifer et Cassie (top models de leur état), sous la couette. Ses prouesses sexuelles n'égalaient qu'avec peine sa beauté, son intelligence et son charisme. Son aura de awesomeness n'avait rien à envier à celle d'un emo and his so dark life (c) entouré de fangirls. Et si tout le monde le jalousait, l'admirait la bave écumant aux lèvres, rien ne leur était plus merveillable que de l'aduler, le couvrant de présents tous plus lengendary que les autres.

    Barry, oh Barry, cesse donc le franglais et ouvre les yeux.

    Il obéit donc, une seconde trop tard, son front heurtant le socle holographique qu'il était venu réparer, de si bon matin, contre son gré, parce que le réveil destiné au personnel qu'il avait réussi à désactiver avait subitement eu l'inspiration de se remettre en marche. Il jura de sa voix naisillarde, se redressant vivement en tapant des pieds et portant ses mains à son front désormais marqué. Le « faichié » eut à peine le temps de s'éteindre que l'holographe s'activa, diffusant un vieux documentaire concernant les différents usages du téléphone portable du XXIe siècle, la voix déformée par le bug paraissant horriblement séduisante.

    « Ainsi, cet appareil devint quotidien, fit-elle avec de magnifiques accents d'actrice pornographique
    -. Naon tais-toi !»

    L'héroïque héros rougit comme si la présentatrice attentait à sa pudeur, et, afin de défendre sa chasteté, enfonça vivement son tourne-vis (le bleu électrique) dans la prise de transfert de données, ce qui eut pour effet de tout faire sauter, la machine mettant en place son système anti-court circuits. Il fut soulagé un quart de seconde, le temps de réaliser qu'il venait de bousiller ce qu'il avait été mandé remettre en état.

    Il se leva, avec la ferme intention de prendre ses jambes à son cou, quand, par sa brusquerie habituelle, la chaise professorale, qu'il occupait afin d'être à la bonne hauteur, bascula. Ainsi sa boîte à outil intelligemment posée sur le bord du bureau vomit son contenu sur le sol. Bien entendu, Barry est désordonné. Ainsi ce fut une quantité fantastique de boulons, vis, écrous, tourne-vis multicolores, punaises et barres chocolatées qui roulèrent à toute vitesse au travers de la pièce, lui donnant une allure de lendemain de fête. De fête de garagistes. De... bagarre de garagistes.

    Et puis Viktor Zamiatine entra.

    Com-com-combo!!

    Il resta figé, muet, les yeux exorbités au point d'en paraître deux fois plus grands. Drôle d'ornithorynque endimanché à lunettes, totalement terrifié devant l'apparition classieuse du Monsieur. En effet, retrouver une contenance alors qu'on a détruit un holographe et foutu le boxon dans la salle de classe d'une personne autoritaire et parfaite qui vient tout juste d'entrer, tout ceci étant encore vêtu de chaussons, d'un jean trop serré et d'un haut de pyjama WonderWoman, c'est dur. Surtout pour un abruti.

    Le sus-cité devint d'abord écarlate, puis vert et enfin livide. Le feu de signalisation déglutit bruyamment, témoignant sa gêne puis il laisse échapper un stupide petit rire de crécelle, de ceux qui vous donne envie d'annihiler toute personne osant glousser dans votre voisinage direct.

    « Salut... »

    La grande classe.

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Re: Pôles [PV Barry Stevenson]

Message  Viktor Zamiatine le Dim 21 Fév - 3:26


Kennedy

Droit comme un piquet, impeccablement vêtu, les yeux rivés sur la terrible scène, la serviette dans une main et la poignée de porte dans l'autre, Viktor, véritable icône dans cet encadrement de porte, réinventa pendant un instant la figure-type du mari trompé, qui se trouve soudainement projeté devant la triste vérité, dans la posture à la fois la plus innocente et la plus ridicule du monde.

Ça faisait mal.

Mais... d'un autre côté, c'était plutôt bon. Parce que... parce que... voilà, parce que, au fond... ah ! parce que c'était Barry.

— Mon ! ... euh, cher... Barry. Oui, c'est... c'est ça. Barry.

Viktor eut un sourire imbécile. Ah ! c'était Barry, ce cher Barry. Rien que de très normal, donc.

Pendant une dernière seconde, anodine pour lui mais sans doute éternelle pour l'autre, Viktor laissa courir ses yeux sur le champ de bataille improvisé par les ustensiles de tous poils étalés devant son bureau. Puis il lâcha enfin la poignée de porte et contourna tout naturellement le technicien, afin de poser sa serviette et d'installer son matériel. L'expression qu'il avait adressée à Barry — amicale, mais inévitablement amusée — s'était insolemment muée en un sourire en coin qu'il tenta vaguement de cacher dans son épaule. Se disant que de toute façon, le connaissant, le jeune homme devait être dans tous ses états, il se hasarda à pouffer un peu.

— Ah là là, Barry !

Il alla soudain se mettre à côté de son « collègue » qui était resté planté là, et posa une main sur son épaule, penchant légèrement le visage par-dessus l'autre pour mieux observer le capharnaüm. Il pensa un instant lui faire une petite réflexion désobligeante, comme quoi Barry s'illustrait fort bien dans la composition style art contemporain ; et puis il se contenta d'une banalité.

— Je vous aime bien.

Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, il n'eut en aucun cas un ton singulièrement carnassier au moment de prononcer ces mots. D'abord, il n'avait nullement l'intention d'infliger la moindre ironie mordante à Barry — celui-ci eût bien pu se faire hara-kiri sur place ! — et ensuite, aussi étrange que cela puisse paraitre... il avait quelque chose de sincère.

Car il lui plaisait bien, ce gosse ! Ce gosse pour qui lui, Vik, ne pouvait être qu'une sorte de grand pontife, tout aussi obscur et malsain — sinon plus — que les élèves à qui il donnait cours. Ce gosse qui n'arrivait pas à se faire adulte — et à vingt-six ans seulement, c'est compréhensible — mais qui, d'un autre côté, probablement... n'y arriverait jamais ? Enfin, ce gosse qui, malgré sa fatale et destructrice maladresse, avait bien du savoir-faire, et qui résolvait toujours — tôt ou tard, par des moyens orthodoxes ou non — les problèmes techniques de Viktor... et qui, de cette façon, le contentait amplement plus que certains étudiants, qui étaient infoutus — à leur âge ! — de prendre l'habitude de mettre leur nom sur leur copie d'examen.

— Oui, je vous aime bien. — Ce n'est pas grave, hein ! s'empressa-t-il d'ajouter au sujet des outils renversés, d'un ton qui se voulait rassurant.

Il n'avait pas encore vu le tournevis.

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