Songes Ephémères, Illusoires Perditions { Jamal }

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Songes Ephémères, Illusoires Perditions { Jamal }

Message  Lenn Namaketsi le Sam 29 Aoû - 3:47

    Il était des nuits où le sommeil, décidant de rappeler aux esprits ingrats toute l'étendue de son pouvoir, s'amusait cruellement à leur jouer des tours. Des nuits où, se jouant de sa victime, il lui donnait l'illusion de la bercer dans ses bras aimants, mais, au moment où, ô inconsciente, elle s'abandonnait à ses caresses, il lui assénait, impitoyable bourreau, un coup si violent que, malgré elle, la malheureuse pauvresse s'éveillait en sursaut, tous repères perdus, de même que toute éventuelle torpeur qui aurait pu –et aurait dû, à pareille heure- la tenter de se rendormir. Alors, le temps de se retrouver, de rassembler les bris de son esprit troublé, la victime restait là, pitoyable poupée disloquée gisant sur le lit défait de ses illusoires frayeurs, le souffle hagard et l'œil palpitant, désordonné. Rêves brisés, cauchemars amorcés, macabre vaudeville du théâtre des angoisses. Puis, tout doucement, les choses reprennent leur cours. C'est la fin de l'entre-acte, on reconnaît de nouveau les contours flous qui effrayaient tant, on s'aperçoit du grotesque qui prend la place de la crainte, on allume la lampe de chevet pour achever de se rassurer et dissiper les relents d'inquiétude qui s'attarderaient encore et, pour les plus courageux –ou les plus fatigués-, après une profonde inspiration, on se replonge lentement, précautionneusement, dans le bain trouble du sommeil moqueur. On s'assoupit de nouveau, la nuit est encore longue... Et la nuit est tout aussi longue pour ceux qui, comme lui, ne pouvaient se résoudre à affronter de nouveau ces cauchemars ensanglantés. Trop de souvenirs encore bien trop réels dans son esprit s'y étalaient, macabre danse de ce passé épineux qui continuait à meurtrir son cœur et son corps. Machinalement, Lenn effleura la ligne de son cou. Sous ses doigts, la présence de cette vieille cicatrice, témoin immuable de ce passé abhorré si précieux. Douleur lancinante, ironique. Il y avait bien longtemps que cette blessure n'était plus censée lui faire mal. Réminiscences chassées. Le jeune homme ferma la porte au nez de ses souvenirs. Ce n'était vraiment pas le moment. Soupir étouffé. Camille avait fini par s'endormir, il ne fallait pas la réveiller. Furtif regard vers la princesse assoupie, plein de tendresse. Elle avait bien de la chance, d'être ainsi épargnée et de pouvoir trouver quelques instants de repos. Lui, il entretenait une relation assez tendue avec le sommeil, qui l'avait visiblement pris en grippe. Comment expliquer autrement le fait qu'à chaque fois qu'il s'endormait, si ce n'était pas à cause de ces sédatifs dont on les asphyxiait parfois, il était constamment hanté par les fantômes de ce passé cruel qu'il s'était surpris, certains jours où il en souffrait particulièrement, à vouloir oublier. Et pourtant, il s'était toujours efforcé d'être aimable… Mais le monde des rêves paisibles lui fermait obstinément ses portes, à croire qu'on lui en voulait vraiment. Car s'il ne plongeait pas dans un sommeil sans rêves après s'être quasiment écroulé de fatigue, il recevait systématiquement la visite de ces cauchemars surgis droit de ces années sombres qu'il avait vécues, avant d'aller à Fake Pearl.

    Presque malgré lui, Lenn songea de nouveau à son rêve de la nuit et sa gorge se noua. La mort de son grand-père, puis celle de sa mère. En repassant ces scènes dans son esprit, il se retourna, dans son lit et, serrant fortement son oreiller contre lui, il y cacha son visage, tentative désespérée de calmer sa respiration saccadée et d'étouffer en lui les sanglots qui menaçaient de s'échapper. Fallait-il qu'il soit perturbé, pour être aussi près des larmes. Il était pourtant sûr qu'en lui, leur source s'était définitivement tarie… Certitudes fêlées, vaguement ébranlées ; Peu importait, cela n'atteignait même pas son esprit tourmenté. Par contre… Il y avait ce chaleureux jeune homme qui avait fait irruption dans son cauchemar litanique et qui l'avait interrompu avant le coup de grâce… Que venait-il faire là ?? Question sans réponse. Ayant retrouvé la faculté de respirer normalement, le petit glaçon s'allongea sur le dos, passant ses bras sous sa nuque et, fixant le plafond obscur de la chambre, il essaya de trouver une réponse satisfaisante, ou, simplement une réponse… Peut-être le pensait-il capable de l'aider… Oui, mais l'aider à quoi ?? A oublier le passé ?? A tirer un trait sur tout ce qu'il avait vécu ?? Pourrait-il seulement l'aider à laver tout le sang qu'il avait vu ?! Non, c'était ridicule… Lenn revit Jamal lui tendre la main d'un air avenant. Avait-il été victime d'une hallucination, ce jour-là, -ce qui était bien probable, sachant qu'il avait flirté outrageusement avec l'hyperthermie-, ou la poigne du jeune homme irradiait-elle réellement d'une chaleur autre que les trente-sept degrés et demie de température qui caractérisaient les êtres humains normalement constitués ?? Il lui avait pourtant bien semblé que… Bah, ce devait être un produit de son imagination, une simple illusion générée par son esprit perpétuellement à la recherche d'une chaleur qui pourrait apaiser son cœur. Pour quelle raison quelqu'un qu'il ne connaissait que depuis quelques minutes lui ferait montre de cette chaleur amicale qu'il recherchait tant ?! Malgré tout… Allons !! Cela ne servait à rien d'espérer quoi que ce soit. C'était du plus pur ridicule et quoi qu'il en soit, les espoirs détruits n'apportaient que tristesse supplémentaire. Comme s'il n'en avait pas déjà assez ainsi… Le mieux était d'étouffer tant qu'il était encore temps cette petite lueur d'espérance vacillante, ainsi que cette voix qui semblait vouloir se rebeller, à l'intérieur de lui. Il avait toujours vécu dans le froid depuis qu'il était à Fake Pearl, malgré les tentatives de certaines personnes chères à son cœur pour le sortir de ses retranchements de glace, il n'y avait pas de raison pour que cela change à cause d'une seule personne en laquelle il n'était même pas certain d'avoir trouvé ce qu'il cherchait…

    Un faible soupir qui aurait pu être une preuve d'agacement s'échappa d'entre ses lèvres. Ce genre de raisonnements était irritant de par ses incertitudes cycliques et ses suppositions invraisemblables et, dans la plupart des cas, il ne menait jamais vers une douce conclusion, mais plutôt vers d'amères déceptions. Il lui fallait donc s'en débarrasser rapidement, car il était las des chagrins et des souffrances. Sans faire de bruit, le jeune homme alluma sa lampe de chevet. Faible lueur éblouissant son regard de glace qui, lorsqu'il s'y fut habitué, se fixa quelques secondes sur Camille. Il ne s'agissait pas qu'il la réveille, ce serait idiot et manquerait de savoir-vivre –si l'on n'était même plus capable d'allumer une lampe sans éveiller les endormis dans la même pièce que nous, où irions-nous ?!- Une fois rassuré sur l'ininterruption du calme sommeil de la jeune fille, Lenn se pencha sur le bord de son lit et saisit un livre qui reposait sur le sol –sa table de nuit était déjà surchargée d'autres livres- et qu'il ouvrit là où il s'était arrêté. Les Fleurs du Mal s'épanouissaient sous ses yeux trop pâles et répandaient à qui le voulait bien leur délétère et exquis parfum. Une petite pensée reconnaissante et humble pour Wilhelm qui lui avait fait découvrir ce recueil, avant d'entamer sa lecture. Il n'arrivait pas à dormir et il en avait assez de ressasser les mêmes idées sans fin, alors autant faire quelque chose d'utile… Etalé sous son regard brillant au souvenir des merveilles recelées dans ce livre, un poème au titre dangereux. L'Homme et la Mer. Réminiscences du temps passé, de l'océan tant aimé. Douleur sourde au creux de sa poitrine, prête à ressurgir à tout moment. Bah, à Dieu va…


    Homme libre, toujours tu chériras la mer !
    La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
    Dans le déroulement infini de sa lame,
    Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.



    Vous ne croyez pas si bien dire, Monsieur Baudelaire… Hélas, si seulement il était libre… Encore cette impression de se retrouver dans un poème. Lenn commençait à en prendre l'habitude, cela dit. Et de toute façon, c'était une vérité générale, que celle qu'énonçait le poète. Ou du moins, elle l'était pour lui… La mer avait cet effet sur lui, de lui donner l'impression de s'y voir refléter dans son intégralité… Apparemment, le poète avait vécu semblable expérience… Charmant…


    Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
    Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
    Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
    Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.


    Tout à fait, mon bon monsieur, tout à fait !! La promiscuité de la mer le calmait. C'était justement pour cette raison qu'il avait plaisir à se réfugier à l'aquarium. Comme cette fois où il avait rencontré… Ah non, il n'allait tout de même pas retomber dans ses délires cycliques !! Trop tard… Une pensée en amenant une autre, Lenn se retrouva à songer de nouveau à son rêve de la nuit et le trouble de ne pas savoir ce que Jamal était venu y faire se mua en agitation. Il se sentait fébrile et c'était une bien déplaisante sensation. La chaleur avait un mauvais effet, sur lui… La meilleure solution pour le calmer, en cet instant, serait une douche. Froide, glacée, de quoi lui rafraîchir les idées et faire tomber cette fièvre qui commençait à le brûler. Un rapide coup d'œil au réveil qui trônait fièrement sur une colline de livres, sur sa table de nuit, lui apprit qu'il était 3h18. Il était bon pour une nuit blanche… Tant pis, cela aussi, il en avait l'habitude. Sans faire le moindre bruit, le jeune homme referma le recueil qu'il tenait à la main, sans prendre le temps de lire la suite du poème ; il ne se sentait pas la capacité intellectuelle pour cela, il achèverait sa lecture plus tard, quand il serait revenu. Tout aussi silencieusement, il se leva, prit une serviette et quitta la chambre, en couvant sa jeune colocataire d'un regard maternel. Il espérait qu'elle ne s'éveillerait pas avant son retour…

    Drapé dans un yukata de lin blanc imprimé de fleurs de cerisier rose pâle, retenu par un obi de soie gris perle, ses cheveux mutinement libérés de la tresse qui les retenait flottant autour de lui, l'adolescent se dirigea vers les douches avec un air éthéré fantomatique. Indépendamment de ses origines, il adorait les yukatas car c'étaient des vêtements légers qui gardaient toute leur élégance malgré leur âge, et qui permettaient une aisance de mouvements unique. Une main dans son dos, coincée dans l'obi, l'autre retenant la serviette tombant mollement le long du corps, à l'instar du bras qui la contenait, il allait dans les couloirs déserts pieds nus, mais peu importait. La sensation du sol froid était agréable et il doutait fort de rencontrer qui que ce soit en chemin, à une heure aussi tardive. Le silence enveloppant l'atmosphère du bâtiment des N.U.T.S était délicieux et commençait déjà à le calmer. Une voix taquine et fugitive, surgie du fond de son être, lui souffla de sortir plus souvent, la nuit, et il lui sourit intérieurement, en poussant la porte des douches. Certes, il y penserait, à l'occasion… Machinalement, il se dirigea vers l'une des cabines du fond, celle qu'il utilisait d'habitude car le robinet d'eau chaude y était défectueux et ne fonctionnait pas toujours –naturellement, et c'est compréhensible, contrairement aux autres élèves de sa section, il fut ravi d'apprendre l'existence d'une telle cabine-. Silencieusement, Lenn releva ses cheveux au sommet de son crâne et les y attacha, laissant les mèches argentées glisser par-dessus son épaule vers sa poitrine, puis il se déshabilla. L'air frais sur sa peau dénudée était un plaisir rare. Le glaçon plia alors ses vêtements qu'il posa à l'endroit qui était aménagé à cet effet, à l'entrée de la cabine, puis il se glissa dans celle-ci et ouvrit le robinet d'eau froide presque au maximum. Le jet d'eau, puissant et diffusé par une douchette, heurtait son dos comme des centaines d'aiguilles s'y enfonceraient. C'en était presque étourdissant. Comme prévu, il ne pouvait plus songer à autre chose qu'à cette sensation de glacial bien-être. Un bras appuyé au mur face à lui, donnant le dos à la porte de la cabine de douche, tête baissée et nuque offerte à ce jet d'eau bienfaisant, Lenn sentait sa fièvre baisser peu à peu et, malgré lui, il ne put retenir un soupir de détente…


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Re: Songes Ephémères, Illusoires Perditions { Jamal }

Message  Jamal Hahnstall le Ven 4 Sep - 22:45

    L'indien tenta plusieurs fois de décrire ce qu'il se produisait quand il était hâpé dans le rêve d'un autre à Alicia, qui s'en intéressait beaucoup, mais ne trouvait jamais les bons mots pour communiquer cette étrange sensation. Lui qui ne lisait pas beaucoup, qui vivait dans son monde de sarcasme et de moquerie, ne possédait pas le vocabulaire pour parler de choses poétiques et encore moins de choses abstraites. Le concept d'un autre monde, d'univers parallèles, de science et de surnaturel lui échappaient cruellement. Sauf bien sûr dans son imagination, car tout être humain a une parcelle d'imaginaire en lui qu'il le veuille ou non. Alors quand il essayait de mettre des mots à ces sensations qui l'assaillaient quand son pouvoir entrait en action, il fronçait les sourcils, fixait un point invisible et restait sans voix. Pour une fois que quelque chose arrivait à faire taire cette bouche exaspérante qu'était celle du jeune homme... Mais comment décrire un univers si particulier quand lui-même avait un mal fou à comprendre exactement comment sa mutation fonctionnait. Ce soir là, il était resté éveillé dans son lit, incapable de se laisser aller des les bras tentateurs de Morphée. Préoccupé et alerte au moindre bruit, il avait entendu Taza se retourner dans son lit plusieurs fois. Puis il suivit de l'oreille les doux souffles d'Alicia à ses côtés. Dans l'obscurité, il pensait à Lenn. Il lui semblait que cela faisait des semaines qu'il ne faisait que ça. Question après question, il assaillait son esprit, analysait chacune de leurs rencontres et se remémorant les brefs moment où le glaçon avait laissé échappé une toute petite parcelle d'émotion. Et là, dans son lit, pour la première fois il sourit presque tendrement en se souvenant du presque sourire que le flocon lui avait montré à leur dernière rencontre. Jamal et Lenn avaient passé le stade de simples connaissances depuis quelques temps déjà. L'indien avait veillé à multiplier leurs rencontres, allant jusqu'à se faufiler dans les corridors pour enfreindre les règles et passer outre la surveillance de la blonde garde du corps du glaçon. Celle-ci commençait d'ailleurs à le connaître, à se méfier et à le surveiller de près. Elle s'imaginait sans doute que Jamal avait quelques noirs desseins et qu'il finirait par attirer des ennuis à son petit protégé qu'elle avait finit par aimer de tout son coeur.

    Jamal se plaisait à l'éviter. Il voyait ça comme un jeu, un défi. Cela ne faisait que rendre Lenn d'autant plus désirable, comme s'il avait réellement besoin de ça pour l'attirer... L'indien avait finit par devenir une connaissance plus proche de Lenn, bien qu'ils étaient encore loin d'une amitié gravée dans le béton. Jamal faisait tout pour y arriver. Pas simplement parce que le flocon l'attirait d'apparence, mais aussi parce que Lenn était devenu pour lui une sorte de drogue. Il aimait sa façon de penser, voulait son opinion et se surprenait à sentir de la joie l'envahir quand il arrivait à le rendre heureux ou à la distraire. Et là, sous ses couvertures, il se demanda ce qui dérangeait le glaçon. Car un événement avait du l'exclure du monde extérieur, quelque chose qui l'avait profondément meurtris. L'indien voulait savoir ce que s'était. Il s'en intriguait, mais n'osait demander de peur d'éloigner le flocon déjà difficile d'accès. Il priait de voir ne serait-ce qu'une parcelle de rêves, se concentrant pour atterrir dans les songes de cet être qu'il avait finit par apprécier si grandement, mais finissait toujours dans la tête d'un autre. Il persévérait cependant, refusant d'abandonner, redoublant d'effort. À chaque fois il se sentait plus proche, sans comprendre pourquoi. Il se riait de lui-même, se disant qu'il était ridicule d'essayer... Et pourtant il était incapable de cesser. Surpris il aurait certes été s'il avait pu voir ce qui allait se produire ce soir là une fois ses paupières closes. Sans doute aurait-il pensé à deux fois avant de s'endormir. Le jeune homme insouciant finit par s'assoupir doucement, flottant dans cette noirceur profonde où le temps n'existe pas et où le sommeil est maître de tout. Tel un pantin aux fils légers, il vogua de tête en tête sans se laisser aspirer dans des rêves, voyant des petits flashs d'images confuses et embrouillées. Quelques rêves plus forts l'attirèrent plus longtemps, mais il continua à voguer sans s'arrêter, cherchant son but. Finalement, ce fut une image de solitude, d'abandon et de puissante détresse qui finit par le capturer. Au début, il fut désorienté dans cette noirceur épaisse qui l'étouffait. Il devint rapidement étourdit sous les images rapides de femme, de jeune homme, de cris, de blâme, de détresse et de tristesse. Le rêve était si emplit de désespoir qu'il tomba à genoux et se boucha les oreilles, les larmes coulant librement sur ses joues. Comment un être pouvait survivre avec autant de souffrance sans éclater ? Et pourquoi Jamal n'avait jamais été happé dans ses rêves auparavant ?

    L'indien se releva, chancelant, cherchant à l'aveuglette l'être malheureux qui faisait cet odieux cauchemars, plissant les yeux pour percer les voiles d'ombres. Il finit par apercevoir une silhouette faible et solitaire recroquevillée sur elle-même dans une position douloureuse, comme voulant se cacher. L'être faible fit un effet monstre sur le coeur de Jamal qui se tordit de douleur devant ce pauvre jeune homme tourmenté. Il fronça les sourcils. Cette silhouette lui rappelait vaguement quelqu'un... Mais comment reconnaître avec ce cauchemar glacé qui lui embrouillait la vue et l'esprit ? Ce ne fut qu'à l'apparition d'une douce lumière et d'une chaleur accueillante qu'il put mieux se concentrer. Et qu'elle ne fut pas sa surprise quand il se vit, lui-même, apparaître de nulle pars avec un sourire bienveillant, tendant sa main à l'inconnu. Jamal cru d'abord que son désir d'aider ce pauvre être avait engendré cette conclusion. Mais se rappelant soudainement que s'il pouvait assister aux rêves, il ne pouvait les changer, il cligna stupidement des yeux. Quelqu'un rêvait donc à lui en tant que sauveur dans l'institut ? L'idée le perturba grandement. Une personne qui souffrait tant d'un passé douloureux, d'une mère dont il ne valait mieux pas parler, de remords et de regrets face à un être cher mort par sa faute, pensait donc que lui simple mortel allait pouvoir l'aider ? Mais pourquoi quand il était si insignifiant et une si mauvaise personne à qui se confier ? Pourquoi cette sensation qu'il connaissait cette personne si misérable ? Son sang se glaça dans ses veines quand il vit le visage de Lenn se relever. Et soudain il comprit. Son regard tomba sur sa propre personne, invitante, souriante, tendant la main. Il eut un choc. Avait-il vraiment l'air de ça quand il était avec Lenn ? L'indien regarda le flocon prendre sa main, puis avant qu'il ne puisse analyser le bonheur et la paisibilité qui s'empara du cauchemars, il fut brusquement arraché aux songes. Le rêve se termina. Et un Jamal en sueur se réveilla dans son lit, respirant difficilement, une main pointant devant lui, s'asseyant aussitôt.


    « ..... Eh bah merde. »

    Les paroles vulgaires sortirent d'un seul coup, sans qu'il ne sache les arrêter. Le choc lui donnait le tournis. Et puis maintenant qu'il comprenait tout, il avait mal. Il avait mal pour Lenn. Jamal avait envie d'aller le prendre dans ses bras et de lui murmurer qu'il comprenait maintenant pourquoi il se gardait dans un mur de glace, pourquoi il ne s'attachait plus, pourquoi il refusait d'admettre que l'indien veuille de sa compagnie. Il aurait voulut accourir à lui de suite. Nier ce sentiment que Lenn avait. Ce sentiment qui le rendait trop ordinaire à ses yeux, trop insignifiant. Jamal se passa une main sur le front, totalement dépassé par ce qu'il venait d'apprendre. Il tremblant. En s'en rendant compte, l'adulte se mit à rire d'un air nerveux. Il fixa ses mains, les yeux froncés sous la réflexion, les pensées fusant dans sa tête à des milles à l'heure. Il revoyait la détresse, la solitude... Et il avait mal. Toute pensée rationnelle avait quittée son esprit. Il ne pensait qu'à Lenn. À Lenn et à son malheur. Jamal voulait changer de personnalité, devenir ce mec gentil et doux qui pourrait caresser les cheveux du glaçon et lui chuchoter d'un ton tendre que tout irait bien. Mais il n'était pas ce mec. Il n'allait sans doute jamais l'être. Jamal était direct. Jamal était sarcastique. Jamal riait jaune. Pourtant, ce soir là, il voulait aider quelqu'un. Son regard se durcit. Et soudainement, rien n'avait plus aucune importance. Il oublia le fait qu'il était bien trop tôt pour sortir de sa chambre. Il oublia qu'il allait sans doute se faire prendre. Il oublia le fait que son projet était insensé. Il fit juste le mettre à exécution. L'indien se leva et, à pas de loup, sortit une paire de jeans troués à un genoux ainsi qu'un chandail moulant bleu marin, enfilant à la va vite, oubliant d'ajouter des chaussures. Il sortir en catimini de sa chambre sans faire le moindre bruit et là commença l'escapade.

    Après maints détours dans les dédales sombres de l'institut et plusieurs pauses pour se dissimuler à l'approche d'un surveillant, Jamal parvint enfin tout près du bâtiment des NUTS. Vérifiant la sécurité des lieux, qui étaient armés de caméras, il se cacha dans l'ombre et réfléchit à un plan. Logiquement, il était déjà impossible. Franchir le bâtiment des NUTS et puis réveiller Lenn était déjà un plan stupide. Mais il devait y avoir un endroit... Soudain, Jamal sourit d'un air goguenard. L'air de quelqu'un qui vient d'avoir un plan qui avait presque du sens. Les douches. le seul endroit qui n'était pas filmé et qui ne comportait pas de gardes à l'intérieur. Un endroit que Lenn ne manquerait pas de visiter... De peine et de misère, le SEER se rendit à destination et passa quelques moments à souffler contre la porte, laissant son regard curieux parcourir les cases plongées dans l'obscurité. C'est une fois calme et alerte, qu'il se rendit compte de sa stupidité. Certes, Lenn allait prendre une douche. Mais si tôt ? Quand il faisait nuit ? Et qu'est-ce qui lui disait qu'il allait venir même la journée ? L'adolescent se traita mentalement d'idiot. Puis d'imbécile. Puis de crétin. Une fois qu'il eut passé par toute les insultes qu'il pouvait imaginer, il poussa un énorme soupir et se leva pour aller s'asseoir sur un banc dans les casiers, fixant résolument la porte.


    « Bravo Jamal, tu t'surpasses là ! »

    Le rire moqueur retentit dans les douches, se répercutant sur les parois de céramique. Jamal aurait du partir. Maintenant qu'il connaissait la stupidité de son plan, c'était logiquement la démarche à suivre. Mais il hésita. Il était habité par cette envie intense de parler à Lenn, de le rassurer, de lui dire qu’il avait vu… Qu’il avait été témoin, qu’il savait. Il voulait faire toutes ces choses, et c’était plus qu’une envie, c’était un besoin vital. Le genre de besoin qui donne l’impression d’étouffer s’il n’est pas comblé. L’adolescent posa ses yeux las sur la porte d’entrée, se mordant l’intérieur de la joue, pensif. S’il restait là comme un idiot, quelles étaient les chances que Lenn se montre vraiment le bout du nez ? Sans doute moindres. Minimes. Jamal attendit. Il attendit que ses jambes se tendent dans l’effort de se lever. Mais rien ne se produisait. Merde. Il savait qu’il était stupide, que son plan était défaillant et qu’il était idiot d’attendre le flocon quand les chances étaient contre lui. Mais il voulait rester assis là, avoir l’impression qu’il faisait au moins un minimum d’efforts. Il serait crétin de faire irruption dans la chambre de Lenn et de le traumatiser simplement pour lui dire qu’il comprenait. Sans doute était-il judicieux d’attendre au matin pour lui parler, mais Jamal ne voulait pas attendre. Il voulait communiquer son message tout de suite. Il attendit. 10 minutes. 15 minutes. Son regard fixait toujours la porte. Après un moment, ses membres se délièrent. Il manqua de se relaxer entièrement, quand ses oreilles captèrent un bruit de pas à l’extérieur. Redevenant tendu comme un balais, il regardait avec anticipation la porte, simplement pour voir le bruit se dissiper dans le corridor. Se traitant mentalement d’abrutit, Jamal se remit à attendre, assit, droit et inconfortable. 5 minutes. 10 minutes. Doucement, il se laissa tomber sur le banc, quittant la porte des yeux, se couchant sur le dos, fixant le plafond, l’oreille guettant le moindre bruit. Au bout d’un moment, il perdit le fil du temps, s’amusant à lancer de petites boules de papier à main sur le mur, couché sur son banc, les yeux étrangers à ce qui se passait autour de lui. Il avait presque l'air calme à l’œil extérieur… Mais à l’intérieur son cœur battait des records de vitesse et il n’avait qu’une envie : serrer Lenn dans ses bras.


Dernière édition par Jamal Hahnstall le Lun 7 Sep - 2:14, édité 8 fois
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Re: Songes Ephémères, Illusoires Perditions { Jamal }

Message  Jamal Hahnstall le Ven 4 Sep - 22:45

    Puis soudain, il arriva. Un bruit de pas. Un bruit léger que Jamal n’aurait certainement pas entendu s’il n’avait pas écouté si attentivement. Il s’arrêta dans son mouvement d’élan, laissant tomber la boule de papier qui sauta un bond, puis alla s’affaisser contre le bord du mur dans un soudain sentiment de paresse. Jamal se concentra sur le léger son doux, reconnaissant le bruissement de pieds nus contre le plancher dur du corridor. Son cœur se mit à battre avec plus de force quand les pas s’arrêtèrent devant la porte de la douche. L’adolescent, plongé dans l’obscurité et ne bougeant point, était difficilement visible si on ne regardait pas dans le coin du vestiaire. En s’approchant un peu, il serait aisé de voir les boules de papier qui jonchaient le sol et que la machine à récupération de papier à main ne pouvait atteindre pour faire son travail. Quand la porte s’ouvrit doucement, Jamal su tout de suite que le glaçon était celui qui venait de rentrer. À force de le chercher partout dans l’institut, à observer tout ce qui faisait de lui une personne différente des autres, il avait finit par détecter cette douce odeur de jasmin qui suivait le flocon partout et cette façon presque timide qu’il avait de se déplacer. Aussitôt, l’adolescent fut prit de doute. Est-ce que Lenn avait réellement réalisé que Jamal avait été présent dans son rêve ? Et, si non, quelle serait sa réaction quand il l’apprendrait ? Déciderait-il d’ignorer Jamal ? De lui refuser sa présence ? Aurait-il peur ? Serait-il en colère contre lui d’avoir volé un moment si intime ? L’indien grimaça. Il eut soudain l’envie de fuir, de ne pas se confesser, de rester dans le silence. Cette soudaine poussée de lâcheté lui donna un haut le cœur qui fit office de distraction assez longtemps pour permettre à Lenn de se déplacer vers les douches sans qu’il ne s’en rende compte. N’ayant aucunement conscience du lieu où ils se trouvaient et de ce que cela impliquait, Jamal resta longuement empiétré dans cette soudaine immobilité formée par la peur et le doute, deux sensations qu’il lui arrivait très rarement se ressentir. Fronçant les sourcils et chassant les chimères qui lui serraient le cœur, il finit par se sortir de sa torpeur. Décider à en finir le plus vite possible afin de ne pas se dégonfler, Jamal se leva d’un bon et se retourna, la bouche déjà ouverte. Mais il ne trouva que du vide.

    « ….. Hein ? »

    Désorienté, Jamal chercha vainement la silhouette familière et délicate de Lenn des yeux, ne la trouvant aucunement. Il douta un moment d’avoir réellement entendu le glaçon entrer et secoua vivement la tête, cherchant ses souvenirs. Il ne fut réveillé que par le bruit incongru d’une douche déversant son contenu liquide dans son drain, au fond de la salle. Fronçant les sourcils, Jamal passa la tête par le cadre de porte, notant la présence d’une douche allumée. Avait-elle été ainsi depuis son arrivée ? Confus, Jamal s’approcha, ne remarquant même pas que dans sa hâte de se rendre aux douches il avait omis de mettre des chaussures et des chaussettes. Ses pieds nus s’arrêtèrent devant la douche et il voulut faire un pas pour entrer dans la petite salle avant la douche en elle même, mais se figea aussitôt, les yeux happés vers une vision divine. Là, sous l’eau qui semblait glaciale vu le manque de vapeur, se tenait un être d’une beauté qui laissa Jamal sans voix. Il resta là, les yeux abrutis et la bouche entrouverte, la main avancée vers le mur sans y toucher, comme perdu dans le temps. Ses yeux dévorèrent avec avidité la peau nue et laiteuse, les courbes subtiles mais invitantes, les hanches étroites… Il manqua de s’étouffer en tombant sur les fesses rondes et fermes, un spasme à sa main tendue indiquant fièrement son envie de tester cette fermetée avec autre chose que ses yeux. Pas besoin d’être très intelligent pour comprendre tout de suite qu’il s’agissait de Lenn. Personne n’était jamais arrivé à le rendre aussi sans voix, aussi confus et aussi… Excité que maintenant. Poussant une sorte de grognement de frustration, Jamal se retourna sur le champ, utilisant le mur pour soutenir son corps mou comme du coton, ne faisant aucunement confiance à ses genoux mous. Une main cachait ses yeux, tentant de chasser l’image trop tentante du corps nu de son obsession, déglutissant difficilement à cause de sa gorge trop sèche. Ses joues affichèrent une légère teinte rosée et il sentit très bientôt tout son sang quitter son corps pour se diriger résolument vers son entre jambe. Merde. Quel moment affreusement mal choisis… Il était si embarassé par son désir soudain, que Jamal ne remarqua même pas les cicatrices qui marbraient le dos parfait du glaçon. Ne souhaitant pas retarder plus longtemps la réaction de Lenn, il se râtelât la gorge bruyamment et dit, sur un ton plus sonore qu’il n’aurait utilisé normalement :

    « Tu vas trouver ça idiot… Mais en pensant aux douches comme le meilleur endroit pour établir une conversation… J’ai pas du tout allumé que ça voudrait dire aussi de la nudité. Assez désespérant non ? »


    3037 mots
    Et VLAN je me venge tien ! Et pas de chialage chérie, tu m’inspires, tu m’inspires <3
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Re: Songes Ephémères, Illusoires Perditions { Jamal }

Message  Lenn Namaketsi le Ven 18 Sep - 15:15

    L’eau était glaciale et il avait froid. Non… C’était plus compliqué que cela… Le froid s’imposait à son esprit, sans l’atteindre réellement. Il en avait conscience, il était incapable de penser à autre chose, mais il ne le ressentait pas… C’était presque comme un retour aux sources… Une sensation apaisante, agréable. Soupir de bien-être. Une fine vapeur s’échappa de ses lèvres entr’ouvertes mais il ne la vit pas. Ses yeux étaient clos et son esprit obnubilé par ce froid envahissant. Mais le vide qui s’était fait en lui, dès lors que les premières gouttes d’eau avaient percé sa peau – aussi sûrement que l’auraient fait les balles d’une arme à feu – s’emplissait peu à peu. Tout doucement, il retrouvait la capacité de réfléchir. Lentement, retrouvant son souffle perdu dans les courbes sinueuses du parcours de l’eau, il recommençait à respirer. Timidement, cependant. Ironie du sort… Il était censé maîtriser le froid, mais en sa présence, il se sentait toujours si… insignifiant… Maîtriser, quel mot pompeux, présomptueux… Qui pouvait se targuer de maîtriser un élément de la nature, surtout lorsqu’il était aussi puissant… ? Insolence de l’humanité, effronterie des profanes… Non, son pouvoir était trop important pour lui, et faute d’être un Maître, il s’était retrouvé relégué au rang de victime… Non, ce n’était pas cela non plus… Même s’il se surprenait parfois à se complaire dans ce rôle, il n’était pas la victime de son pouvoir – qui était plutôt une malédiction, en l’occurence – il était son protégé… Le froid veillait sur lui, et il prenait son rôle de protecteur un petit peu trop au sérieux, peut-être… Etourdissement passager. Délicieuse violence qui lui donnait presque le vertige. Tête baissée, Lenn se permit la fantaisie d’ouvrir les yeux. A moitié. Et il se perdit aussitôt dans la contemplation de l’eau qui courait, virevoltait, puis disparaissait, avalée par la gourmandise de la bouche d’évacuation. C’était étrange, mais d’aussi loin qu’il se souvenait, l’eau l’avait toujours fasciné. Peut-être était-ce ce qui avait engendré son amour pour l’océan… Ou peut-être était-ce l’inverse… Quoi qu’il en soit, cet élément était à ses yeux d’une beauté, d’une pureté uniques. Et, lors des jours de grandes cogitations, plus ou moins légères, il se disait qu’il aurait bien aimé avoir la maîtrise de l’eau, comme pouvoir… Idée incongrue qui ne manquait jamais de lui arracher un sourire – intérieur, amer. Comme si cela aurait changé quoi que ce soit… Parfois, lors de ses journées moroses, il se disait que s’il avait eu le don de maîtriser l’eau, il aurait peut-être pu empêcher la noyade de son grand-père, et peut-être que tout aurait été différent… Innocente prétention, mais douloureuse malgré tout. Le passé était immuable, il le savait bien, et de le ressasser de la sorte ne lui faisait que du mal, surtout s’il s’autorisait ce genre de rêves envenimés. Imperceptiblement, le jeune homme se déplaça de façon à ce que sa nuque soit directement placée sous le jet d’eau. Il lui semblait moins brutal, mais il était tout de même assez efficace pour chasser au loin ses pensées de mauvais augure. Et tout doucement, soudain pris d’un accès de paresse qui lui susurrait lascivement que de telles cogitations n’étaient pas particulièrement indiquées, en ces instants troublés, il renonça à réfléchir et se laissa glisser sur la délicate pente de l’apaisement. Baissant ses défenses gelées, il se détendit peu à peu. Son esprit s’emplit tout entier du fracas de l’eau contre les parois vitrées et il se laissa aller, s’abreuvant de calme, s’enivrant de froideur…

    Un éclat de voix transperça soudain le murmure ininterrompu de l’eau. Lenn sursauta, et dans un mouvement précipité, se retourna, au risque de glisser et se rompre le cou dans sa cabine de douche. Un sombre silence répondit à ses interrogations informulées. Rêvait-il encore ? Etait-il toujours sous l’emprise de ses angoisses cauchemardesques ? Non, impossible… L’eau froide qui heurtait toujours son dos avec la même violence était on ne peut plus réelle. Il ne délirait pas, il avait bien entendu la voix claironnante de… | Jamal | … Mais, ayant négligé d’allumer la lumière principale, la salle des douches, mis à part la cabine qu’il utilisait, était encore plongée dans l’obscurité et il n’arrivait pas à distinguer quoi que ce soit… Plissant les paupières, il crut néanmoins… Poussant la porte de verre, il scruta les ténèbres avec attention et… Il lui semblait bien que… Noirceurs obscures d’une silhouette se confondant avec les opacités de la nuit… Lassitudes effrayées de la reddition… Grands dieux… Lui qui avait espéré bénéficier ici de quelques instants de répit, le temps de chasser son trouble fébrile et replacer en lui-même ce qui avait été dérangé par son rêve cauchemardesque (délices sûrs des habitudes, sécurité du quotidien, protection de la routine), le voici en présence de l’objet même (ce n’était pas très correct de parler de la sorte d’un être humain…) de ses incertitudes… Et là, les paroles de celui qui était devenu pour lui une sorte d’ami parvinrent enfin, après maints tours et détours, à son esprit engourdi. Nudité… Nudité ??? Par tous les ancêtres de l’humanité !! L’adolescent plongea presque sur ses vêtements, négligeant de se sécher au préalable, oubliant même de fermer l’arrivée d’eau. Il s’habilla à la hâte – avec un petit peu trop de précipitation, peut-être... – et la douceur de la soie sur sa peau ruisselante le calma quelque peu… Il avait dissimulé toutes ces cicatrices qui marbraient son corps. Ces sillons gravés à même sa peau, témoins perpétuels de sa jeunesse mouvementée, de son enfance maltraitée, de ses douleurs passées qui ne se sont jamais vraiment estompées, avec le temps… De tout le sang qui avait coulé, sur ses mains, sur son être, sur son âme… Réprimant un frisson, Lenn serra ses bras autour de lui-même, comme pour se consoler… Dérisoire protection, piètre rempart contre les chimères qui l’assaillaient. Contre ses souvenirs. Contre lui-même… Ses mains serraient les pans de son yukata. Dans sa précipitation, il n’avait pas attaché son obi… Rassemblant son courage et ses esprits morcelés, il chercha au fond de lui-même la force de répondre quelque chose, n’importe quoi. Il se sentait de nouveau fébrile et dans cet état, il lui semblait que son silence pourrait… pourrait… le compromettre… ? Faiblesse de celui que le trouble rendait incertain, vulnérable. Il ne pouvait pas. Il ne devait pas. Près de lui, il voulait paraître plus fort. Avec lui, il avait parfois envie d’être invulnérable. Il ne voulait pas lui montrer ses fragilités. Il voulait… il voulait… Alors pourquoi lui semblait-il que ses jambes le soutenaient à peine… ?

    « Jamal… Tu… »

    Cristal ébréché. Sa voix n’était qu’un murmure, un bredouillement hachuré. Ses pensées se bousculaient dans son esprit, il lui fallait faire le tri, sinon, il ne s’en sortirait pas… Mais comment… ? Pourquoi était-il là ? Pourquoi maintenant ?! N’aurait-il pas pu le laisser se calmer, un moment, et… et… et quoi ? Soupir étouffé, amertume ravalée. Difficilement. C’est que sa gorge était trop sèche… Les mots y trébuchaient et forcément, rien ne dépassait la barrière – pourtant si fine – de ses lèvres diaphanes. C’est que, maintenant que le jeune homme au regard sombre était là, Lenn sentait affluer vers son esprit ces brumes de cauchemar – de rêve – qu’il voulait dissiper, en venant ici… Douleur silencieuse, jouant en sourdine quelque part au fond de lui. Mêlée à quelque chose qu’il n’arrivait pas à définir. Il était aux prises avec celui qui avait mis un terme – bien involontairement – à une projection d’une partie de son passé qui revenait le hanter sans répit. Son sauveur… Moue intérieure, devant tant de ridicules pensées… Et pourtant… Anxiétés. Encore… Que devait-il ? Que pouvait-il ? Peut-être fallait-il simplement respirer profondément et aérer un peu son esprit asphyxié… Peut-être…

    « Je… Il est trois heures du matin… »

    Passée. Il était même plus proche de quatre heures que de trois. Ironie suspicieuse, au fond de lui-même. Pouvait-il expliquer, en quelques mots, pour quelle absurde raison il se retrouvait à jouer à l’horloge parlante alors que… alors qu’il était censé dire quelque chose… ? Quelque chose, certes, mais pas une chose aussi ridicule… Tovarish, parfois, tu es désespérant… Allons, trouve quelque chose de sensé !! Pourquoi es-tu ici ? Qu’est-ce qui t’amène dans les douches au milieu de la nuit ? Toi non plus, tu n’arrives pas à dormir ? Pourquoi es-tu venu ? Pourquoi es-tu dans l’ombre ? Pourquoi ne puis-je te voir ? Pourquoi ne me regardes-tu pas… ? Pourquoi te tiens-tu si près de moi alors que je cherche désespérément la paix qui m’a quittée… par ta faute… ? Autant de questions qui s’étouffaient – l’étouffaient – dans sa gorge. Accusations infondées, reflets incertains du miroir de son trouble. Silence plein d’hésitations, d’appréhensions. Quelle attitude adopter ? Oh, il fallait certainement être soi-même… Oui, mais qu’en était-il, lorsqu’on s’était perdu… ? Lenn cilla. Une fois. Puis deux. Puis trois. On avait certes vu mieux. Mais on avait dû voir pire… Peut-être… Réfugié – emmuré – dans son silence, il cherchait les hauts fonds dans l’océan de sa perdition. Tentative désespérée de reprendre pied, de s’appuyer sur quelque chose de plus ou moins solide. Retrouver un semblant de cette contenance qu’il n’avait plus – elle avait glissé entre ses doigts alors qu’il n’avait même pas encore saisi le savon… – et… Affronter ses craintes ? Malgré toute la détresse qu’ils reflétaient, garder les yeux grand ouverts et tenter de percer l’obscurité. S’approcher des flammes et jouer avec leur chaleur, juste une fois, au risque de fondre et disparaître. Sortir un instant de ses retranchements de glace… Près de lui, ce jeune homme dont il ne devinait que le dos – longues mèches de soie sombre. Et flottant entre eux, comme une barrière infranchissable emplissant le silence, s’élevait avec fracas la délicate rumeur de l’eau qu’on avait oubliée…



1629 mots ♥️
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Re: Songes Ephémères, Illusoires Perditions { Jamal }

Message  Jamal Hahnstall le Mar 13 Oct - 0:16

¬¬ T'appelles ça court ? Je te renie. Pour une fois que je poste un truc à ta hauteur, va pas me dire que tes posts sont courts è___é

    Le mur était froid. Normalement, Jamal n'aurait pas relevé, mais dans son état actuel, tout lui semblait froid. Cherchant à se refroidir, il plaqua sa joue contre la surface glacée, sa main cachant toujours son visage. Mais le cachant de quoi au juste ? Il n'aurait su le dire. Peut-être était simplement un geste visant à se protéger contre le regard réprobateur de Lenn ou encore son air dégoûté. La raison pour laquelle il envisageait cette réaction extrême de la part du glaçon le déroutait et lui échappait. Apparemment, tout son être et sa pensée logique ne lui servaient à rien quand Lenn était concerné. Ses outils pour vivre une vie un tant soit peu normale ne lui servaient à rien dès qu'il entrait à proximité du flocon si magnifique. Il perdait ses repères, se confondait dans des sentiments absurdes et ne trouvait jamais le nord. Était-ce la raison de son attirance si poussée ? Aimait-il cette sensation d'imprévu, de confusion ? Bah ça ne l'étonnerait pas. Après tout, Jamal avait toujours été une personne compliquée et incompréhensible. Un détail de plus ou de moins pour ajouter à sa complication ne ferait pas grand chose dans la balance. Et donc, l'indien persistait à se couvrir le visage, cachant son attirance visible dans ses yeux de fer, embarassé de ne pas arriver à se contrôler dans un moment si mal choisit. Il aurait voulut que le glaçon le voit comme une personne autre qu'un pervers et qu'un dragueur. Il y avait bien autre chose en lui non ? Quelque chose qui le rendait plus humain, plus vrai, plus valable ? Si oui, alors pourquoi son esprit demeurait désespérément vide de toute réponse, pourquoi Jamal ne trouvait rien à rajouter à cette description de lui-même ? Cette pensée le troubla. Était-il devenu si creux, si inintéressant ? Avait-il réellement perdu cette étincelle qui faisait de tous des êtres individuels et à part entière ? Après tout, si un homme ne croit plus en rien et a la conviction que tous autour de lui ne servent à rien d'autre qu'à se suivre comme d'idiots moutons, ne perdra-t-il pas toute conviction, ne deviendra-t-il pas une coquille vide ? Jamal sentit sa vision se troubler et serra les lèvres. Il se secoua intérieurement, croyant fermement que là n'était pas le moment de se remettre en question et de délibérer mentalement sur lui-même. Il était venu ici avec une idée, une mission. Et il comptait bien l'accomplir cette mission. Pour une fois dans son existence, il voulait faire quelque chose pour un autre que lui-même.

    Non pas qu'il était égoïste de nature, non. Mais il avait tendance à ne pas penser aux autres, les jugeant caricaturés et pleins de défauts, impropres à avoir besoin de son aide ou de son attention. Il se considérait lui-même sale et indigne de sa propre attention. C'était sans doute pour cette raison qu'il n'avait jamais réellement porté attention à ses besoins, à ses émotions, à cette petite voix intérieure qui lui criait depuis longtemps qu'il devait chercher plus que sa vie actuelle. Qu'il se détruisait lentement en restant sarcastique et fermé, blasé, détaché de la vie. Sans doute qu'en aillant un soudain intérêt pour une personne, quelqu'un qu'il trouvait intriguant et fascinant, digne de la plus grand attention, il se rendait compte à quel point il avait dévié de la vie, du monde, de tout. Se reconcentrant sur sa mission, sur ce qu'il voulait communiquer à cet être qu'il voyait comme une si jolie étoile dans le ciel noir et lourd de la nuit perpétuelle de son existence, Jamal sentit son désir faiblir doucement. Non pas que Lenn ne lui faisait plus d'effet, que de l'avoir vu nu, dans toute sa beauté ne lui faisait plus rien. Non. Mais il se forçait à penser à autre chose pour une fois et refusait de laisser le contrôle à ses hormones qui contrôlaient si souvent ses actes. Ceux-ci, déconcertés et troublés de se faire si aisément chassés, restèrent bouche bées et bêtes dans le corps de Jamal. L'indien avait entendu le grincement de la porte de verre. Il s'était tendu en sentant le regard nerveux de Lenn scruter l'obscurité. Il s'était sentit sale à cette sensation. Comme un pervers qui aurait été coincé sous les bancs du vestiaire des filles. Qui aurait tenté de se dissimuler pour observer en paix. Quoi qu'il doutait des remords de ce genre de personne envers un tel acte. Pourtant, il n'était pas venu dans cette salle pour ça ! L'indien aurait voulut le crier avec véhémence, secouer le corps du glaçon jusqu'à ce qu'il voit une lueur de confiance dans ses yeux mystérieux. Pour une fois que ses intentions étaient pures, il souffrait de se faire prendre de cette manière, vulnérable et bredouillant. Comment pouvait-il prouver qu'il avait eut un but noble et même sincère pour une fois dans sa vie solitaire ? N'importe qui lui rirait au nez. D'ailleurs, Jamal pensait avec ironie qu'ils auraient eut raison de penser ainsi normalement.

    Le bruit de pas mouillés précipités et des froissements de soie heurtèrent les oreilles de Jamal. Il ferma les yeux sous l'ombre de sa main basanée et sentit la honte plonger sur son esprit comme un vautour sur sa proie. Le fait que Lenn ressente le besoin si intense de se cacher en sa présence lui faisait mal. Lui qui d'habitude en aurait rit. Il ressentait plus que jamais la cuisante impression qu'il pouvait sentir le mur qui les séparait, tous les deux. L'indien avait nourrit l'illusion qu'avec tous ses ardents efforts, le glaçon avait finit par être plus à l'aise en sa présence, qu'il... L'appréciait même un peu. Il voulait tellement que le NUTS le voit sous un bon jour, comme le faisait Alicia. Mais maintenant, il savait que jamais ce ne serait le cas. Même le flocon délicat pouvait percevoir les ondes qui émanaient de Jamal. La mort. La décomposition. La luxure. Toutes ces choses si laides qui collaient à sa peau comme de la vase poisseuse. Toute sa vie avait été délimitée par ces trois concepts. La voix faible et brisée planta un autre poignard glacé dans la poitrine meurtrie de l'indien et il grimaça. Le silence entre les froissements de tissus et les paroles lui avait semblé insupportable, au point où il avait faillit se retourner en trompe et serrer le glaçon dans ses bras. Mais la voix hésitante lui fit plus mal encore. Lenn qui avait été si neutre et si impassible auparavant, parvenait à prendre ce ton blessé à sa présence. Lui qui voulait tant être pour son flocon une source de joie, de réconfort, produisait le contraire. Cette pensée fit apparaître une lueur de tristesse dans les yeux troubles toujours fermés. Il aurait voulut trouver le courage de se retourner, de montrer son visage libéré de son masque de sarcasme pour une fois, mais ce courage était absent, comme toujours. Jamal n'était pas courageux. Il préférait se vautrer dans son humour plutôt que de sombrer dans l'infinie tristesse de ne pas être capable de voir en le monde autre chose que de la laideur et de la violence. Pour une fois qu'il découvrait quelque chose de beau dans son univers, le courage illusoire disparaissait et lui donnait l'image de lui-même comme il l'était : un poltron. Le nouveau silence prolongea son dégoût de lui-même. Les prochaines paroles portèrent un sourire à ses lèvres. Seulement Lenn trouvait le moyen de communiquer l'évidence et d'avoir l'air adorable sous les yeux de Jamal. Il laissa le silence se prolonger un instant, puis soupira et lança en tournant légèrement la tête, laissant tomber sa main cachant son visage :


    « Ouais..... Il est vachement tard. J'imagine que tu te demandes ce que je fou là au juste.... »

    Le regard sombre de Jamal se perdit sur les dalles du plancher, comme s'il y cherchait l'inspiration pour commencer ses paroles. Il ne savait pas réellement ce qu'il était venu dire, mais il savait qu'il avait quelque chose à dire. L'indien voulait dire au glaçon qu'il comprenait pourquoi il gardait un masque, qu'il comprenait et qu'il compatissait. Mais que c'était faux, ce qu'il pensait de lui-même. Qu'il n'était pas laid, hideux ou insignifiant, qu'il n'était pas sale. Non, Jamal voulait dire à Lenn à quel point il brillait, à quel point sa magnificience était plus grande que tout ce qu'il avait jamais vu. Il doutait que le glaçon le croit sur parole. L'indien savait que sa parole n'avait pas grand force. Elle ne voulait pas dire quand chose. Mais pourtant, il voulait essayer, il voulait montrer au flocon si fragile que quelqu'un dans ce monde se souciait de sa personne. Pourquoi ? Parce qu'il en valait la peine. Parce que Lenn était merveilleux, beau et une personne plus douce que toute autre. Parce que Jamal croyait en lui. Jamais encore l'indien avait eu un tel besoin de faire comprendre ses sentiments à quelqu'un. Il aurait voulut être un oiseau pour draper Lenn, le protéger contre ce monde extérieur, ces souvenirs qui l'écorchait tant. Mais comment un pauvre requin si habituer à détruire tout autour de lui pourrait protéger un pauvre poisson sans défense quand il avait tant envie de le dévorer pour n'en laisser que les arrêtes ? C'était idiot et puéril. Si cliché. Jamal en était conscient, pourtant il n'y pouvait rien, ses émotions refusaient de se dissiper. Et pour une fois, il était tout disposé à les écouter. Le bruit de l'eau glaciale coulant sur les dalles distrayait Jamal. Il écoutait l'eau glisser contre les dalles, ce bruit si rassurant qui couvrait le silence. Et soudain, il comprit que s'il allait délivrer son message, il lui faudrait briser cette distraction. Et donc, ramassant son courage si faible, il se redressa légèrement et se dirigea lentement vers la douche ouverte, y plongeant son regard, refusant de laisser cette vision divine qui se vautrait au coin de son oeil le distraire. Pénétrant sous l'eau glacée, le froid mordant sa chair et la peau nue de ses pieds à chaque pas, il continua d'avancer, ignorant ses vêtements bientôt trempés et le froid se propageant dans son corps. Jamal s'arrêta même un moment devant le robinet, le fixant, hésitant à le taire. Ses cheveux mouillés collèrent à son visage si expressif pour une fois, tout comme ses vêtement se moulèrent à son corps svelte mais musclé.

    Il finit par interrompre le bruit rassurant et resta figé là, ne ressentant pas le frisson de froid qui envahit son être. Une vague pensée se fraya un chemin dans ses réflexions. Il fut quelques peu intrigué par cette température si insupportablement froide qu'avait enduré Lenn. Y trouvant un apparent bonheur. Rangeant cette supposition pour plus tard, l'indien dégagea son visage des mèches mouillées et se retourna. Une fois presque dans l'embrasure de la porte de verre, il leva le regard vers Lenn, enfin. Il se força à ne pas noter les mains crispées sur le yukata ou le corps frémissant. Il chercha les yeux. Et y encra les siens. Le souvenir lointain de leur première rencontre et de cette connexion qu'il avait ressentit en plongeant dans les océans de glace flotta dans son esprit. Il ressentit le frémissement qui se produisit quand le fer rencontra la glace. Et pour une fois, il prit une inspiration et laissa ses yeux afficher librement sa vulnérabilité, sa faiblesse, toutes ses émotions. Il laissa son dédain de lui-même transparaître dans les prunelles, le fer fondre et laisser place à la chaire tendre derrière qui s'était cachée toute sa vie. L'indien laissa son admiration pour Lenn et son respect apparaître clairement. Il laissa sa sincérité et sa fragilité en pleine lumière, s'ouvrant au flocon comme un livre ouvert. Ce soudain sentiment de peur qui l'envahit à cette ouverture de son coeur et de son âme le raidit et il eut un moment l'envie de fuir et de se cacher sous son lit, sous une table, sous sa main. De détourner le regard. Mais il résista. Il attendit. Il chercha les mots pour commencer. Puis, continuant de le fixer longuement, Jamal hésita, ouvrant la bouche, puis la refermant. Il ferma les yeux pour prendre une respiration emplit d'un courage absent dans sa personne et se remit à le fixer fermement.


    « Il est 3 heures du matin... Mais je ne le ressent pas. J'ai perdu notion du temps. Je... Voulais te voir. Alors stupidement je suis venu ici. Sans doute que tu ne comprendras pas. Mais je ne sais trouver les mots pour expliquer la raison de ma venue ici. C'est trop illogique et irréfléchit. »

    Un léger sourire vint se pointer au coin de ses lèvres, parcelle de l'ancien Jamal. Mais ce sourire laissa place à une expression plus douce, plus tendre. Sa voix devint sérieuse, plus basse, plus douce.

    « J'étais là. J'ai vu. »

    Jamal savait qu'il n'avait pas besoin de préciser de quoi il parlait. Il savait que Lenn comprendrait qu'il parlait du rêve. Le souvenir amena de la tristesse chez Jamal. Il soupira et passa une main dans ses cheveux, laissant ses yeux s'embrumer d'amertume pour cette horrible femme. Puis, la haine partie, il se remit à fixer résolument Lenn dans les yeux.

    « Je voulais... Te parler. Pas de ce que j'ai vu. Je n'ai pas besoin d'explications. J'ai tout compris. Je voulais juste te dire... Que je comprends. Je comprends pourquoi tu te caches. Pourquoi tu t'isoles. Pourquoi tu... As peur des autres. Je ne veux pas t'effrayer. Je souhaite simplement te parler sincèrement de ce que je ressens, pour une fois dans ma vie. T'as sûrement remarqué que je faisais pas ça souvent, parler sérieusement, pourtant je veux faire ça maintenant. »

    Jamal fit une pause hésitante. Il enjamba le bord de la douche et se rapprocha lentement du glaçon. Gardant une distance raisonnable entre eux, il avança tranquillement sa main et effleura à peine le dos de la main crispée sur le yukata de Lenn. Puis, continuant de le fixer, il dit d'un ton calme et rassurant :

    « Si tu veux bien entendre ce que j'ai à dire. »


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Re: Songes Ephémères, Illusoires Perditions { Jamal }

Message  Lenn Namaketsi le Sam 30 Jan - 2:16

    Fracas ruisselant, agitations étourdissantes. Délicatesse des eaux glacées, oubliées qui couraient joyeusement, encore et toujours, glissant rapidement sur le sol dallé d’immaculée blancheur. Ecoulement des eaux mortes, remous des temps agonisants. Et ce silence qui s’éternisait, hors de l’espace, hors du temps… Les mains crispées sur la soie détrempée, il n’osait même pas respirer, de peur de détruire définitivement cette Eternité qui était juste là, si près de lui, à portée de voix. Il sentait qu’il pouvait l’effleurer rien qu’en tendant les doigts. Mais… Il n’osait pas. Il ne l’oserait jamais. Car il le savait bien, tout ce qu’il était en mesure de faire, c’était briser les fragilités qu’on lui offrait. Il ne l’avait que trop prouvé par le passé et il ne voulait plus que cela se reproduise à l’avenir. La destruction qui avait été dans son sillage depuis le tout début lui pesait bien trop, ses épaules en seraient perpétuellement marquées. C’était pour cette seule et unique raison que, porté par le vent d’une rébellion qu’il souhaitait bénéfique sans trop savoir où elle le mènerait – ni qu’elle le blesserait certainement encore plus – il voulait, juste une fois, ne plus en sentir le poids. Alléger son cœur et son corps, se fondre dans l’éclat des mémoires éteintes. Juste une fois, ouvrir les yeux et oublier. Regarder, de loin, le précieux écrin et ne surtout pas le toucher. Se délecter de sa beauté, de sa délicatesse, mais garder chez lui ses mains dévastatrices et ne rien frôler. Sous aucun prétexte. Ne pas faire la moindre brèche, la moindre faille, la moindre éraflure dans cet instant. Le conserver intact pendant toute l’Eternité où il durerait. Se contenter d’observer et d’imprimer ces images au plus profond de son être. Ouvrir grand les yeux et fixer les flammes sombres et chaleureuses. Au point de s’en brûler les rétines. Au point d’en fondre et se dissoudre. Et disparaître à jamais… ? Pourquoi pas… Si c’était par sa chaleur à Lui. Par sa faute ? Ou plutôt, grâce à lui

    Mais le silence, l’Eternité finit par disparaître. Malgré tout. Il avait pourtant fait des efforts pour la garder… Au moins, aurait-il la consolation de savoir que l’éclat fatal n’avait pas été porté par sa main… Etait-ce seulement une consolation ? Réflexions des désespoirs latents. Il n’avait suffi que de quelques paroles. Et tout s’était envolé. Le doux bruit de l’eau s’était soudain éclairci et ne semblait plus si duveteux. La toile qui retenait ses pensées prisonnières se désagrégea lentement tandis que Lenn reprenait peu à peu conscience de l’endroit où il se trouvait. De l’heure qu’il était. Et de la raison pour laquelle il se trouvait ici, mains crispées sur la toile de son vêtement. Ce que Jamal faisait là ? Oh que oui, il aurait voulu savoir. Pourquoi ? Pourquoi l’avoir poursuivi jusque dans ces ultimes retranchements ? Ce trouble qu’il n’arrivait pas à définir et qui s’emparait de nouveau de son esprit avec une force redoublée depuis qu’il avait entendu sa voix… Etait-ce donc trop demandé que de vouloir retrouver ce calme réfrigérant qui lui était coutumier ? Ou bien voulait-on l’obliger à sortir de sa torpeur, coûte que coûte ? Son avis ne comptait-il donc pas ? … Questionnements aussi ridicules que dérisoires. Son avis avait-il jamais compté, de toute façon… ? Qui donc aurait voulu de son opinion ? Non, lui, il se contentait de suivre docilement, silencieusement, ce qu’une volonté supérieure lui dictait. Et cette fois-ci, en ferait-il autant ? Une sensation oppressante et écoeurante l’assaillit alors en une molle étreinte. La peur. Doucereuse étreinte qui lui nouait les entrailles. Il s’était trop fermement encastré dans ses habitudes de solitude glaciale et en sortir, même au nom de la chaleur qui émanait de Lui, l’effrayait déraisonnablement. Que se passerait-il s’il prenait de nouveau la main qui lui serait tendue ? … Mais pour cela, encore faudrait-il qu’une main se tende…

    Au lieu de cela, ce fut tout un corps qui se rapprocha dangereusement de lui. Les yeux de Lenn cherchèrent ceux de l’ami si précieux, mais ils semblèrent résolument l’éviter. Constatation douloureuse. Très douloureuse. Et alors, l’adolescent chercha au fond de ses mémoires troubles, ces mêmes mémoires qu’il s’efforçait de vouloir effacer, une impression de déjà-vu. Un souvenir quelconque qui lui rappellerait ce regard fuyant. Qui lui rappellerait à quel point il avait l’habitude qu’on évite ses yeux, qu’on ne le regarde pas. Le souvenir qui serait la preuve incontestable de ce qu’on lui avait toujours clairement fait comprendre : Il n’était qu’un monstre. Et un monstre, cela n’avait pas de sentiments. Ce n’était pas censé avoir mal juste parce qu’on le fuyait. Ce n’était surtout pas censé s’attacher assez à quelqu’un pour qu’il soit bêtement blessé par une banalité pareille. Il avait l’habitude, n’est-ce pas… N’est-ce pas… ? Alors pourquoi avait-il l’impression d’avoir un étau lui enserrant la poitrine ? Se sentant chanceler, Lenn dut faire un effort pour respirer calmement et tenter de se reprendre. Allons, il devait y avoir une raison à tout cela, non… ?

    Jamal le contourna alors et, toujours sans prononcer le moindre mot, entreprit de se placer sous le jet d’eau. Quelques instants flottèrent ainsi. Et l’enfant des glaces finit enfin par s’en apercevoir : l’eau ! Elle était glacée !! Lui, il pouvait certainement supporter de telles températures et bien au contraire, elles l’apaisaient. Mais Jamal ?! Etait-il fou, de s’exposer de la sorte ?! Cherchait-il à mourir de pneumonie ?! Cependant, l’indien sembla reprendre conscience avant que la panique première de Lenn ne passe et qu’il ne puisse réagir – du désavantage d’être anesthésié par le froid. Le fracas de l’eau se tut brutalement. Et dès lors, un silence pesant plana entre les deux jeunes gens. Un calme si plein, si total, qu’on n’osait même plus réfléchir à quoi que ce soit, de peur qu’une quelconque sentence ne s’abatte sur soi. Ne battant même plus des cils, le souffle coupé bien malgré lui, il attendait. Car quelque chose allait se passer. Il n’en doutait pas. Certes, d’aucuns auraient pu remettre en cause son instinct engourdi, mais dans ce cas précis… Le regard sombre accrocha alors le sien et un frisson hérissa sa nuque, réaction involontaire qu’il ne comprenait pas. Le temps suspendit de nouveau son cours, alors que nul ne pouvait mesurer l’ampleur du soulagement qui déferla en cet instant dans son cœur gelé. Il le regardait de nouveau. Et d’une façon qu’il ne lui connaissait pas… Rêvait-il encore ? Qu’était-ce, cette lueur étrange, indéfinissable, qui flottait au fond des prunelles d’anthracite ? Quelques mots qu’il n’entendit pas vraiment finirent par se frayer un chemin jusqu’à son esprit embrumé. Et alors… Le couperet tomba.

    Tout d’abord, il ne comprit pas vraiment de quoi Jamal lui parlait. Et soudain, ce fut une évidence. Il était là. Il avait vu. C’en était risible. Il lui avait bien dit que son pouvoir était de voir dans les rêves des autres. Et là… Le monde autour de Lenn vacilla dangereusement et cette fois-ci, il dut s’adosser à la paroi de la douche pour ne pas tomber, alors que la température environnante baissait de plusieurs degrés. Ses jambes flageolaient et il se sentit chavirer complètement. Dire qu’à peine quelques secondes plus tôt, il était presque apaisé… La chute n’en était que plus dure, n’est-ce pas… Il essaya de se donner une contenance, de dire quelque chose, n’importe quoi. Mais sa gorge était plus sèche que jamais et aucun son n’en voulait sortir. Aussi pâle que le tissu sur lequel les jointures de ses doigts blanchissaient, ses yeux grand ouverts exprimaient un désarroi qui ne représentait pas la moitié de ce qu’il ressentait. En vérité, son monde s’effondrait autour de lui. Ces secrets enfouis au plus profond de son être, tout ce sang versé sur son âme qu’il préservait si jalousement des regards extérieurs, toute la détresse qu’il portait en son sein… Tout avait été exhibé. A son insu. Jamal avait donc vu ces scènes interdites. Il savait, désormais. Tout ce que nul autre avant lui n’avait jamais su. Tout ce que Lenn n’aurait jamais voulu qu’il sache, lui encore moins que les autres. La respiration lui devenait de plus en plus pénible, l’air brûlait ses poumons et le blanc de ses doigts serrés se confondait désormais avec la soie détrempée. Voilà donc comment on perdait tout en quelques secondes… Voilà exactement ce qu’il avait toujours souhaité évité, ce pourquoi il s’était toujours enfermé dans son mutisme et sa coquille de glace. Mais il avait eu l’audace d’en sortir. Et il devait le payer, fatalement. Et maintenant… ? Qu’allait-il bien pouvoir faire ? Il avait eu la prétention de croire qu’il pourrait changer. Il avait cru qu’il pouvait essayer de s’attacher de nouveau. Son avidité de chaleur l’aura donc perdu. C’était prévisible. Il aurait pu s’en douter. Il n’avait donc à s’en prendre qu’à lui-même. Encore une fois…

    Cependant… Il semblait qu’il ne s’en tirerait pas à si bon compte. Un jour, peut-être, songera-t-il de nouveau à cet instant précis et se dira-t-il que ce fut là le véritable début d’un éventuel changement qui s’opérait en lui. Car après tout, il avait réuni toutes les conditions requises pour une crise en belle et due forme. Mais non. Ce ne serait que bien plus tard que sa lucidité en cet instant le frappera… Sans trop s’en apercevoir, Lenn cilla. Une fois. Puis deux. L’incompréhension interrogative fit place au désarroi, dans son regard trop pâle. Et il ne put s’empêcher de tressaillir lorsque la main brûlante vint effleurer la sienne. Il aurait voulu pouvoir répondre. Il aurait voulu être en mesure de formuler une phrase complète, de lui dire clairement qu’il l’écouterait jusqu’au bout quelque soit ce qu’il pouvait lui raconter, même si ce n’était qu’un tissu de mensonges proférés par un habitué des belles paroles – il le connaissait depuis quelques temps, après tout. Il aurait voulu pouvoir lui demander à son tour tant de choses. Tant de mots restèrent cruellement arrimés au fond de sa gorge… Et tout ce qu’il put faire, tout ce dont il eut la force de faire, ce fut de poser une main gelée, encore marquée par les plis de la soie, sur celle de Jamal.
    Et il hocha la tête en un silencieux assentiment.


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Re: Songes Ephémères, Illusoires Perditions { Jamal }

Message  Jamal Hahnstall le Sam 30 Jan - 5:59

    L'attente d'une réponse était insupportable. Ça pourrait parraître anodin pour n'importe qui que de rester là, à genoux, devant cet être apparemment scandalisé à attendre qu'il se produise quelque chose, à attendre un signe. Certes, le fait d'attendre ne semble pas bien souffrant et même très peu difficile. Pourtant pour l'indien, ce fut une éternité. Une éternité passée à se ronger les sangs, à fixer résolument ce jeune homme si fragile qu'il avait peur de briser. Une éternité passée à attendre le verdict, à attendre la moindre réaction de la part du glaçon. Jamal aurait voulut le prendre dans ses bras. Le garder contre lui, lui prêter de sa chaleur. Lui faire comprendre à quel point il comptait pour lui. Et si pour sa mère et pour tant de gens Lenn n'avait été qu'un souffle de mauvaise augure, qu'une mauvaise haleine, qu'un poids, pour lui, il s'agissait de toute autre chose. Il le voyait comme une merveille, un petit rayon de soleil dans sa vie de caverne, dans sa vie enfermée dans le noir. Lui, créature si sombre et ténébreuse, avait su admirer cette petite particule de cristal scintillante. Il se sentait si indigne de cet être qu'il considérait si beau, si précieux. À ses côtés, Jamal se sentait à la fois misérable et merveilleux. Son coeur se réchauffait, se remplissait d'air à nouveau au lieu de flétrir au milieux de ses sarcasmes et de son pessimisme. À ses côtés, l'indien se sentait plus libre, plus... Heureux. Enfin il comprenait le sens de la joie, du bonheur. Lui qui n'avait vécu que des mauvaises choses pouvait enfin comprendre comment tant de gens pouvaient s'accrocher avec autant d'acharnement à la vie. Il lui suffisait de regarder dans les yeux de Lenn pour le comprendre. Et en même temps, il se sentait si sale devant un être pur. Comme un crapeau se sentirait indigne de côtoyer un cygne. Il lui semblait qu'aux côtés de Lenn, Jamal arrivait à voir ses défauts plus distinctement. Ça le faisait frissonner. Là, côtoyant la perfection, le petit mouton noir ne pouvait pas s'empêcher de remarquer la flagrante différence de couleurs. Et bien qu'il voulait protéger le glaçon, lui montrer que pour au moins une personne dans ce monde, il n'était pas un monstre, il arrivait à l'indien de se demander s'il en avait réellement le droit. Mais le pire dans tout ceci, c'était la pensée que Lenn pourrait se contre ficher carrément de ce qu'il lui dirait.

    Il ne savait pas réellement à quoi s'attendre. Jamal était venu vider son sac d'émotion, se montrer sous ses vraies couleurs pour une fois, les couleurs de l'honnêteté. Il voulait s'ouvrir la poitrine et montrer son coeur, bien que souillé à la seule personne au monde qu'il voulait aider à ce point. Et même si c'était si peu, dans la balance, s'il pouvait soutenir Lenn ne serait-ce qu'un instant et lui rendre la vie plus aisée, ça en valait la peine. L'indien se fichait de savoir qu'ensuite, le glaçon pourrait bien se moquer de lui et faire de sa personne la risée de l'institut en répétant ses paroles émotives. Il se fichait de tout. Tout ce qui lui importait, c'était de vider son sac, de montrer au flocon qu'il faisait une différence dans ce monde pour au moins un individu. La force de ses émotions infligeaient à Jamal des tremblements légers et il devait se mordre l'intérieur des joues afin de ne pas flancher. Jamais encore il ne s'était sentit aussi à découvert, aussi vulnérable. Lui qui était habitué de se cacher derrière ses murs de sarcasmes et de rires jaunes, se voyait perdu d'être arraché à ses armures. Jamal continuait de plonger ses iris métalliques dans ceux de glace de Lenn, y cherchant une réponse, n'importe quelle soit-elle. À force de fixer dans les yeux inexpressifs, l'indien avait su y remarquer quelques infimes changements que personne d'autre avait du remarquer, quelques étincelles de temps à autres démontrant que l'homme de glace avait un coeur et des sentiments. Il les voyait ces étincelles à cet instant, plus que jamais. Et tandis qu'il prodigait sa douce chaleur par le bout de ses doigts sur le dos de la main de Lenn, il tentait de faire de même par ses yeux. Dans cet instant figé dans le temps, Jamal commençait à avoir mal au dos, aux jambes. Mais il ignora la douleur. Rien ne devait briser cet instant, il le savait, il le sentait. Et soudain, comme dans un rêve, il sentit un effleurement glacé contre sa main. Le coeur se figeant dans son poitrail, il baissa doucement les yeux, brisant le contact. Là, contre le dos de sa main maladroite, une douce et fragile main de Lenn reposait, invitante, un imperceptible signe. Jamal releva à temps les yeux pour noter l'hochement de tête et les yeux cherchant les réponses. Et d'un coup, il sourit, un sourire doux et tendre, encore plus que les précédents. Sa main libre s'approcha du visage pâle et hésita avant de l'effleurer, se demandant un moment si elle en avait le droit...

    Et enfin, elle se posa, effleurant la joue, caressant quelques mèches de cheveux. Jamal chercha comment commencer. Il continua à fixer Lenn dans les yeux, son expression gardant sa douceur. Se laissant guider par son instinct, il laissa les mots couler hors de sa bouche sans les arrêter, sans même y penser.


    « Tu n'es pas un monstre pour moi. »

    Il laissa ses paroles s'encrer dans l'esprit de Lenn. Son ton avait été tendre, mais ferme et ses yeux ne laissaient aucun doute là dessus. Il refusait que le glaçon ne le croit pas, il voulait se faire écouter et il voulait que ses paroles soient crues. Jamal glissa son autre main de l'autre côté du visage de Lenn, comme pour le tenir délicatement en place et là, il le fixa avec plus de tendresse, ses doigts hésitant à tenir avec plus d'insistance son doux visage. Ça semblait si irréel de le toucher ainsi, d'aussi près... Et de ne rien ressentir de malsaint, pour le moment. Il n'était encore jamais arrivé à Jamal d'être attiré par quelqu'un par autre chose que son physique, pour autre chose que pour satisfaire les désirs de sa chair. Maintenant que c'était le cas, il se troublait, il avait du mal. Mais il essayait. Il faisait de son mieux.

    « J'sais que t'es pas obligé de me croire, que tu peux refuser d'accepter ce que j'te dis là... Après tout, j'imagine qu'y'a pas grand monde qui t'a dit ça avant sans mentir. Non, j'peux pas te forcer. Mais j'aimerais que tu m'crois. Ce serait un peu con autrement, pour une fois que je dis en toute sincérité ce que j'penses vraiment... »

    La prochaine partie de ses paroles allait être la plus dure. Il sentait déjà ses émotions s'emballer dans son esprit, refuser d'être sujettes à autant de sincérité. L'insécurité lui criait de reculer, de tout transformer en blague, mais encore il résista. Sous le coup de sa décision, son visage devint plus ferme et ses yeux criaient à Lenn de l'écouter, de se laisser convaincre qu'il ne lui mentait pas.

    « J'suis pas un mec très social, t'as du le remarquer... Normalement quand j'parles aux gens, c'est soit pour les emmerder, soit pour me frayer un chemin entre leurs jambes. Ça aussi t'as du le voir. »

    Léger moment de faiblesse. Jamal ne détourna pas le regard, après tout il était direct et n'allait pas nier cette vérité, mais la honte de devoir dire ça si directement à Lenn se lisait clairement dans ses yeux. Sur un respir, il continua sa lancée.

    « Mais avec toi c'est différent. J'me sens... J'me sens libre quand t'es dans les parages. Ta présence m'appaise. C'est comme si... Comme si juste le fait de te voir m'enlève un poids. J'ai envie de te voir, de te parler... De te toucher. Tout me semble plus beau, plus vrai quand t'es là. La vie a un sens. Ma vie a un sens. C'est con, c'est incompréhensible et je l'explique mal mais... Pour moi t'es plus que juste toi, t'es quelque chose de précieux. Je sais pas comment je ferais si tu disparaissais, je... »

    C'était si dur, si dur se s'ouvrir comme ça devant quelqu'un. Jamais encore Jamal n'avait tenté l'expérience, mais il le découvrait maintenant, il avait du mal, tant de mal. Il aurait voulut pouvoir communiquer ses pensées avec Lenn, lui montrer qu'il ne mentait pas, lui montrer ce qu'il ressentait, ainsi ce serait tellement plus facile. Il n'était pas bon avec les mots, si peu orthodoxe... Pourquoi devait-il être celui qui s'ouvrait le coeur ? Pourquoi quelqu'un de plus gentil, de mieux ne pouvait pas remplir ce rôle ? Pourquoi quelqu'un de plus apte que lui n'avait pas déjà décidé de prendre Lenn sous son aile ? Il l'ignorait. Mais déjà, sentir ce doux frisson de froid pénétrer le bout de ses doigts et ses paumes à l'endroit où il touchait les joues du glaçon l'électrisait. Il se sentait tellement plus vivant maintenant qu'il entrait en contact avec Lenn, avec sa peau, avec son être. Ainsi, les yeux dans les yeux, il avait l'impression de vivre une nouvelle vie, d'exister autrement, en une meilleure personne.

    « J'ai... J'ai vraiment du mal à m'exprimer comme j'le voudrais... C'est vrai, j'suis nul avec les mots. J'sais même pas exactement ce que j'ressens pour toi... Je sais qu'c'est fort, parce qu'en c'moment, j'ai qu'envie de te serrer dans mes bras, de te dire que tout va bien aller et que j'te protégerais. Mais c'est tellement con. Je peux pas te protéger, j'suis tellement la mauvaise personne pour protéger qui que ce soit. Comment je pourrais prendre soin de toi quand j'ai du mal à prendre soin de moi-même ? Mais... Je veux essayer Lenn. Je veux tout faire pour changer, devenir ton bouclier. Est-ce que... Est-ce que tu me laisserais devenir ça pour toi ? »

    Jamal scruta les iris, doucement. Il cherchait à voir si ses mots avaient été entendus, entendus et crus. Bien sûr, avec Lenn, c'était si difficile d'être certain de tout. Pourtant, Jamal avait fait son possible, mieux encore que son possible. Il s'était ouvert comme jamais auparavant, l'effort l'avait exténué. Il resta un moment, fixant le glaçon avec un air un peu triste, comme s'il se rendait bien compte que jamais des mots, si véridiques soient-ils pour lui, ne pourraient convaincre Lenn. Il relâcha doucement son visage, glissant son index une dernière fois sur les joues du glaçon, fixant avec un air presqu'hypnotisé ce qu'il admirait tant. Et presque dans un murmure, il ajouta :

    « Tu es tellement magnifique, avec tes yeux gris pâles si doux... Et tes cheveux blancs... Comment est-ce que tu peux croire un seul moment que t'es monstrueux ? J'comprends pas... J'comprends juste pas. »

    Il finit par sourire doucement et se tordre les cheveux pour faire évacuer un peu d'eau, relâchant le regard de Lenn, un peu. Froid. Il avait froid. Curieusement, cela ne le dérageais pas. Il analysait la sensation, se disant que le glaçon vivait constamment avec cet étrange sentiment. Après un moment, Jamal se remit à fixer pensivement Lenn, cherchant une dernière chose à ajouter à son discours. Il se sentait exténué, vidé d'avoir fait autant d'efforts simplement pour communiquer un message. Dans un moment de faiblesse, ses yeux se posèrent sur les douces lèvres du flocon, ces lèvres qu'il avait tant souvent voulut couvrir de baisers, réchauffer des siennes et-- Soudain, ce qu'il avait à faire lui semblait si clair qu'il se sentait stupide de ne pas y avoir pensé plus tôt. Fronçant un moment les sourcils, Jamal pensa à son affaire, réfléchissant à l'impact d'un tel geste sur le glaçon. Après avoir pesé le pour et le contre, il dit en fixant sa propre paume, l'air perdu :

    « ... J'crois qu'les paroles c'est pas assez... Alors j'vais faire un truc qui va probablement rien vouloir dire pour toi... »

    Soudainement, son regard pétillant d'émotions se replongea dans les iris de glace et il se rapprocha, doucement, observant le visage.

    « Mais pour moi, c'geste là... Il veut dire quelque chose. »

    Et doucement, comme pour ne pas le brusquer, Jamal rapprocha très lentement son visage de celui de Lenn, lui laissant le temps de s'habituer à sa proximité, à sa chaleur, à son souffle sur ses lèvres. Il attendit très longtemps, en suspens au dessus du visage si inviteur, si tentateur, réfléchissant une dernière fois... Puis, doucement, ses doigts glissèrent dans un effleurement contre une joue et il laissa ses lèvres se poser sur celles, glacées de Lenn. Le premier contact fut très doux, si léger que c'était à peine si il fut réel. Mais n'osant pas trop aller loin, Jamal attendit quelques instants avant d'augmenter très doucement la pression, déposant le baiser le plus tendre qu'il ait jamais donné sur les lèvres d'un flocon décontenancé.

    [*____* Kyaaaaa tellement d'émotions, j'adooore <3 *cours pleurer dans son lit sous de si belles choses*
    2106 mots]
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Re: Songes Ephémères, Illusoires Perditions { Jamal }

Message  Lenn Namaketsi le Mer 3 Mar - 1:24

    Il n’aurait jamais cru que cela puisse arriver un jour, qu’il soit dévoilé de la sorte. Sa vie durant – ou plutôt, depuis qu’il était en âge de raisonner – il avait toujours veillé à ce que personne ne puisse voir à l’intérieur de son âme. Même pas lui-même… Ou du moins, tâchait-il vainement de s’en persuader. Car, au fond, certains y étaient parvenus, plus ou moins volontairement. Il y avait ceux avec qui il avait partagé son quotidien, sa vie, ses sourires, son cœur… et qui n’étaient plus. Il y avait ceux qui avaient essayé de lui communiquer un peu de leur allégresse, de leur entrain, de leur joie de vivre malgré leur condition… et qu’il ne croisait presque plus. Et il y avait lui… Lui qui avait toujours un sourire accroché sur les lèvres et une cigarette à leur commissure, lui dont les paroles étaient – parfois – incompréhensibles et les silences délectables… Précieuse présence que celle de Jamal. Depuis quand en était-il devenu si dépendant ?

    Et ce sourire… Tellement différent de ceux, teintés de sarcasme et de – plus ou moins – gentille moquerie qu’il avait pour habitude d’arborer. Son visage en semblait changé, c’était tellement étrange. Et… quelle pouvait bien être cette émotion inconnue qui lui enserrait la poitrine ? Inexplicable lucidité de celui qui sait pertinemment qu’il ne se comprend pas lui-même et qui, malgré tout, veut faire l’effort d’essayer. Curieuses sensations qu’il ressentait, en la présence de Jamal. Mais il fallait bien avouer que son indien d’ami l’était tout autant, curieux… Tout ceci était troublant. Trop de nouveautés survenues en même temps. Trop d’évènements qui n’auraient jamais dû arriver, trop d’inattendus désarçonnants… Sa conscience fluctuante en perdait l’équilibre et il ne savait plus…

    Frôlement brûlant, sur sa joue. Délicieux frisson qui lui courut le long du dos. Perdant pied dans l’amalgame confus des perceptions, Lenn eut tout de même l’improbable sagacité de se dire qu’il pourrait fort bien prendre l’habitude de ce genre de contacts. Etait-ce une bonne chose ? Il en doutait… Mais qu’importait, après tout… Jamal reprenait la parole. Il lui fallait fournir un effort supplémentaire, pour arriver à le comprendre. Et malgré cela… Il restait incompréhensible, encore une fois. Battant des cils, l’enfant des glaces ne comprenait pas. Ou plutôt, il refusait de comprendre. « Il n’était pas un monstre pour lui ». Une si petite phrase, si courte, si simple. Et qui contenait pourtant tellement d’indécisions… Ses convictions les plus profondes s’en voyaient ébranlées. Et lui, il voulait y croire, à ce discours qu’il lui tenait subitement. Il le souhaitait tellement, avec tant de force. Jamal avançait qu’on lui avait sûrement menti sur ce point, mais c’était faux. Non, on n’avait jamais menti à Lenn. Nul n’en avait été obligé, car nul ne lui avait jamais dit cette petite phrase, si courte et si simple. Tout au plus, l’avait-on poussé à y croire, à un moment ou à un autre. Son grand-père le pressait contre son cœur en lui disant que tout irait bien. Daisuke lui caressait les cheveux en souriant. Mais nul n’avait jamais nié l’affirmation de sa mère et du reste du monde. Nul avant Lui. Encore une fois… Et… Mais que diable racontait-il ? Précieux ? Lui ?? Impossible… Certes, au fond de lui, il y avait cette petite voix sourde qui criait, qui lui hurlait que Jamal était sincère. Cette voix, si bruyante, si enflammée, se retrouvait pourtant totalement voilée par un simple murmure, à peine perceptible. Non, il n’était pas précieux. Cela sonnait comme un glas ; Une évidence.

    Et… Etait-ce là ce qu’on appelait des… compliments ? Le cœur de Lenn se serra et les mots se bousculaient contre ses lèvres, sans que rien n’en puisse surgir, une fois de plus. Le mutisme le guettait, de toute évidence… Des justifications. Des reproches, aussi. Ce n’est pas très gentil de se moquer, Jamal… Ils le savaient tous deux, pourtant. Ses yeux étaient trop pâles, trop froids. Ses cheveux avaient la couleur d’un linceul. Sa peau était trop fine, bien trop glaciale. Il manquait de chaleur, terriblement. Et la chaleur, c’était la petite étincelle de Vie des hommes. De toute l’humanité. Oui, les humains étaient beaux. Les autres mutants qu’il avait rencontrés étaient beaux. Pas lui. Lui, il lui manquait la petite flamme significative. Et tant qu’il ne l’aurait pas, il resterait monstrueux. Et… ce n’était pas nécessaire d’aller bien loin pour s’apercevoir qu’il ne la possèderait jamais…

    Mais, une fois encore, Jamal ne lui laissa pas le temps de renchérir. Et, comme de bien entendu, il l’intrigua de nouveau. Un geste qui n’avait aucune signification pour lui-même, mais pas pour l’indien… Hum ? Quoi donc ? Lueur interrogative, au fond de ses prunelles, tandis que le visage de l’ami se rapprochait… Instants de flottement, interminables. Mais… Que diable pouvait-il bien vouloir faire ? Quelques secondes passèrent, ou étaient-ce quelques minutes… ? Il n’aurait su le dire. Le visage de Lenn rougissait légèrement, à proximité de cette source de chaleur tant appréciée et c’était à peine s’il arrivait à soutenir ce regard brûlant, qui commençait à devenir insupportable…

    Et ce parfum de muscade qui lui tournait la tête…

    Ensuite, ce fut l’indicible, l’imperceptible mouvement.
    Lèvres qui se frôlent, timidement. Il l’effleurait tout juste, c’était à peine s’il sentait cette subtile brûlure, tandis que son visage s’habituait peu à peu à la chaleur irradiante. Légère caresse, si légère… Avec la diaphanéité d’une aile de libellule. C’était tellement aérien, tellement emprunt d’une douceur éthérée que Lenn se sentait pris de vertiges. Ses yeux commencèrent à le brûler et un sanglot impudent voulut remonter du fond de son être. Mais il ne le laissa pas. Non, ce n’était pas le moment. Les larmes étaient, depuis bien des années, déjà, réservées aux instants d’amertume solitaire. Pas à cette douceur chaleureuse à laquelle il avait toujours aspiré, sans avoir jamais pu l’atteindre. Son cœur s’emballa et ses yeux se fermèrent, inconsciemment, pour refouler des larmes par trop niaises dans les profondeurs glacées de son âme. La légère pression sur ses lèvres se fit plus persistante et le sang lui monta soudain au visage. La chaleur était désormais suffocante, mais elle lui paraissait si délectable… Il en manquait si cruellement. Ses pensées se troublaient et il avait de plus en plus de mal à les éclaircir, mais dans la valse vacillante de ses raisonnements avortés, une idée se faisait plus entêtante que les autres. Il aurait voulu étendre les bras et l’enlacer. Recouvrir son corps et l’embrasser. L’étreindre jusqu’à plus soif, absorber sa chaleur encore et toujours, avidement, au point de s’enivrer avec. Et finalement se dissoudre en son sein, l’emportant possessivement dans son sillage… C’était là un songe d’un égoïsme qu’il ne se connaissait pas… Et qui l’effrayait, plus que de raison. Ce qui fit que, lorsque le voluptueux Vertige des hyperthermies latentes s’en mêla, les jambes de Lenn refusèrent de le soutenir plus longtemps et dans un sursaut hoquetant, il s’accrocha fermement, désespérément aux bras de Jamal. Dans sa poigne, il y avait la détresse de celui qui aurait voulu que cette éphémère étreinte dure un peu plus qu’une trop courte éternité. Décidément, c’était vraiment trop d’émotions d’un seul coup, pour son esprit gelé. Désemparé sans avoir rien fait ; Désemparé car il n’avait rien pu faire… Là, trempé, les cheveux lui collant au visage, le souffle court et les joues rougies par la proximité d’une chaleur vénérée, il avait fini par s’effondrer…

    Il ne tenait plus. Et instinctivement, il enfouit son visage au creux de l’épaule de Jamal. Se persuadant que c’était uniquement parce qu’il ne se sentait plus de force aucune, nullement pour rechercher une quelconque chaleur supplémentaire. Sa respiration était saccadée et cette sensation inconnue qui lui nouait les entrailles l’empêchait de raisonner clairement. Néanmoins, une chose demeurait limpide, pour lui. Et il lui fallait l’éclaircir, absolument.

    « Je ne te laisserai pas… C’est impossible, je… Je ne peux pas… Te laisser faire ça serait trop… Non. Non… »

    C’était incompréhensible. Il n’arrivait pas à le formuler. Mais il voulait à tout prix le préserver des abîmes de son passé. Il pesait bien trop lourd pour lui pour qu’il se permette la facétie de le partager avec un autre. Le laisser le protéger, ce serait comme… Comme renoncer définitivement à tout ce qu’il avait vécu… ? Combien de fois avait-il rêvé d’une telle proposition ? Avec quelle ferveur avait-il parfois souhaité pouvoir s’appuyer sur l’épaule d’une personne de confiance et tout oublier, jusqu’à sa propre existence ? Et maintenant qu’on le lui proposait, cela l’effrayait. La peur l’étreignait et l’étouffait. Et surtout… Il y avait trop de souvenirs précieux, parmi tous ces jours de malheur. Non, confier son futur à Jamal était résolument impossible, pour la simple raison qu’il lui faudrait également lui confier son passé et cela était inenvisageable. Lui aussi, il voulait le protéger et le préserver des noirceurs du Temps Jadis. Il lui était tellement… Précieux… Sa gorge se serra et un infime soupir lui échappa, tandis qu’il appuyait de nouveau son front contre l’épaule incandescente.

    « Jamal, es-tu fou… »

    Ce n’était pas une question. Pas même une constatation. C’était un simple murmure, à peine perceptible, même pour une oreille entraînée. Et par-dessus tout, il avait parlé en japonais. L’indien l’avait compris, il le savait – il lui avait dit, une fois, qu’il avait vécu quelques années au Japon. Mais… Mais rien. Ses jambes le soutenaient un peu mieux – du moins, le supposait-il – et sa respiration s’était régularisée, cependant, il ne s’était toujours pas détaché du corps sur lequel il s’appuyait. Inconscience folle, probablement. Ou ce besoin de sa présence… Et son cœur qui battait la chamade, tambourinant bruyamment contre ses tempes… Un sourire désabusé aurait voulu étirer ses lèvres, mais cela lui fut impossible. Quel genre de naufragé pouvait-il bien être, pour s’accrocher de la sorte, avec tant de détresse et de désespoir, à celui qui se proposait pour l’aider et à qui il avait refusé son fardeau… ? Ironie déchirante. Quel piètre spectacle il devait offrir…


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Re: Songes Ephémères, Illusoires Perditions { Jamal }

Message  Jamal Hahnstall le Jeu 4 Mar - 19:42

    Le Nirvana. Un endroit que les bouddhistes aspirent toute leur existence à atteindre, un lieu emplis de mystère où ce qu'on y trouve est des plus flou. On sait seulement que dans ce vide, il y a le plaisir absolu. La connaissance sans faille. La suprême existence. Jamal n'avait jamais cru en ce monde. Même quand sa mère avait subitement décidé de devenir croyante après avoir faillit mourir, histoire d'essuyer un peu ses sales péchés. Elle avait peur, cette femme, de finir dans un endroit moins valorisant. Alors elle priait et forçait Jamal à croire avec elle. Mais Jamal ne croyait pas. Il avait même bien souvent demandé à voix haute ce qu'un mec plus gros que tout l'univers entier avait bien à lui apprendre sinon comment bien assaisonner un rôti de porc. Pourtant, là dans cette douche froide et silencieuse, Jamal avait cette illusion d'avoir atteint ce nirvana. Comment expliquer autrement cette foule d'émotions qui emplissait son être que par un miracle ? Cet homme obèse qu'il avait tant de fois regardé avec suspicion avait-il ressentit cette félicitée assit sous son arbre, affamé ? Pouvait-il réellement comprendre ces sensations troubles qui tourbillonnaient dans la tête de l'indien ? Si c'était ça, le nirvana, Jamal avait envie de se mettre à genoux. Qu'on apporte un crucifix, une étoile de juif et une statue de Bouddha, Jamal Hahnstall se mettait à croire en tout. Il ferait n'importe quoi pour que cette félicité ne lui glisse pas entre les doigts. C'était presque risible que de savoir que seul un baiser à peine effleuré puisse lui procurer autant d'émotions. Et toutes ces baises entre des cuisses chaudes, elles avaient été quoi ? À côté de cette douceur, de cette tendresse, de cette froide félicité, ces baises trop bouillantes n'étaient rien. Des chiures. Des charognes. Et Jamal en tremblait presque. En même temps, il avait honte. Honte de ressentir autant pour si peu. Honte de devenir fleur bleu. Pourtant, il se sentait attiré par Lenn comme une abeille à une fleur et il était incapable de se détacher de ce pollen exquis. Pour rien au monde il aurait reculé le temps et se serait retenu de venir ici déranger le glaçon dans ses songes.

    Jamal avait fermé les yeux durant le deuxième infime baiser, à peine une légère pression. C'était comme si son inconscient avait voulut retenir toutes les sensations du moment. Une éponge aspirant avidement de l'eau après une année passée à sécher sous le sable du Sahara. Il redécouvrait tous ses sens à travers Lenn. Le touché, par cette sensation exquise de froid et de douceur qui effleurait ses lèvres. Ce froid qui caractérisait le glaçon et qui au lieu de le rebuter, l'électrisait. Il n'aurait jamais cru trouver le froid excitant. Après tout, on associe le froid à la neige, aux frissons et au désagrément. Mais lui, depuis sa rencontre avec Lenn, se surprenait à glisser des glaçons provenant de ses verres d'eau sur sa peau, frissonnant et s'excitant en se disant que c'est ce qu'il ressentirait en faisant glisser la peau du NUTS contre la sienne. Ce froid, juste assez pour le faire frissonner d'extase, le rendait dingue. Qui aurait cru qu'il faudrait un adolescent frigide pour réveiller en Jamal un fantasme aussi tordu ? Et son odorat se voyait ravis par cette délicate fragrance de jasmin qui suivait Lenn partout. Cette odeur jouisive donnait la furieuse envie à Jamal d'enfouir son nez dans la chevelure de soie de Lenn et de la respirer jusqu'à en crever d'extase. Il ne s'était jamais considéré comme un fan de fleurs, mais le jasmin était aujourd'hui sa fleur préférée. D'ailleurs, le jardinier l'avait surpris un jour à tenter de rammener une de ses précieuses fleurs dans sa chambre. Il passait quelques fois des journées entières dans le solarium à humer le parfum de ces fleurs et à penser à Lenn. Mais ce n'était pas pareil. Cette fragrance, provenant du corps même du glaçon, l'électrisait encore plus. Sa vue, elle, était close. Elle savait que la seule vue du visage magnifique de Lenn d'aussi près serait assez pour faire commettre à son maître une bévue. Jamal n'avait pas mentit quand il disait ne pas comprendre pourquoi Lenn se trouvait monstrueux. Pour lui, le mutant était la créature la plus magnifique du monde. Si magnifique même, qu'il avait envie de le chérir et de la protéger de tout. Un ange. Son ange de glace. Son ouïe n'avait pas besoin d'être satisfaite. Ce silence empreint de la respiration saccadée de son maître et de celle, douce de Lenn lui suffisait amplement pour roucouler de joie. Et son goût... Y avait-il plus grande félicité sur cette terre que de pouvoir enfin trembler devant l'objet de ses fantasmes d'aussi près ? Juste à l'idée qu'en se rapprochant un peu plus il pourrait enfin goûter aux lèvres du glaçon, le goût de Jamal tombait carrément dans les pommes.

    Oui, le corps de Jamal était en cet instant dans un tourbillon de jouissance fou. Cette joie, si intense, lui donnait envie de se cacher par embarras. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de se laisser aller à cette vulnérabilité, une fois, juste une fois. Et son corps était si choqué par sa réaction excessive qu'il ne trouvait pas le temps de lui donner des envies sexuelles. Oh il réagissait par réflexe, mais ses pensées peu catholiques n'empêchèrent pas Jamal d'apprécier le baiser chaste pour cette fois. Sa main avait finit par retomber mollement le long du corps de l'indien sous la douceur du baiser, émue elle aussi. Jamal aurait voulut embrasser ainsi Lenn infiniement, ne jamais le lâcher, le noyer sous sa tendresse nouvellement découverte. Jamal finit par laisser son front toucher celui du glaçon et ouvrir les yeux. Ce qu'il vit fut magnifique. Un Lenn rougissant et aillant les yeux fermés. L'indien était ému, c'était la première fois qu'il le voyait aussi ouvert, aussi... Libre. Et tandis qu'il remontait les doigts pour effleurer doucement ce visage doux, il fut surpris par un léger hoquettement et les jambes de son ange qui lui lâchèrent. Surpris, Jamal eut le réflexe de le soutenir par les bras, n'ayant pas le temps d'enregistrer ce qu'il se passait. Ils formaient un drôle de spectacle, deux êtres mouillés par de l'eau glaciale, dans les ombres d'une douche au milieu de la nuit, se tenant par les bras. Mais avant même que Jamal ne puisse comprendre, Lenn avait enfouit son visage dans le creux de son épaule, lui provoquant une myriade de frissons divins. L'indien se figea sous le choc d'être si près de l'objet de tous ses désirs. Avait-il le droit de rester si près ? Avait-il réellement le droit, le pouvoir de soutenir ce glaçon qui avait besoin de tellement plus que d'un misérable petit mouton noir ? Qui s'en souciait ? Jamal n'avait jamais été de ceux qui se posaient trop de questions et, dans un balaiement de doutes, il ferma les yeux et tourna doucement la tête pour humer la chevelure de Lenn, sentant sa volonté faiblir. Maintenant qu'il avait touché Lenn une fois, il doutait de pouvoir se retenir de le faire encore et encore. Jusqu'à ce que son propre corps soit saturé du glaçon. Jamal entendit la respiration saccadée contre son cou et entrouvrit les lèvres sur un gémissement silencieux, confus d'être la cause d'un tel bouleversement chez Lenn.

    Mais ce qui le surprit le plus, furent les paroles. Bien qu'au tout début il eut du mal à les comprendre, tant elles étaient mélangées et confuses, son esprit finit par faire des liens. Il comprit. Lenn ne voulait pas lui infliger son fardeau. Après tout, c'est bien pour cette raison qu'il avait été si choqué de l'entendre dire qu'il avait tout vu. Et Jamal comprit alors en quelques secondes que s'il voulait réellement que Lenn s'ouvre à lui, c'est maintenant qu'il devait réagir, maintenant avant que ce moment de faiblesse ne disparaisse. Perdant son air confus, une lueur de détermination se posa dans les yeux de l'indien. Et dans un geste, il prit Lenn dans ses bras. Simplement, avec détermination, sans hésitation. Il l'enserra dans ses bras, rapprochant leurs corps et resta ainsi un moment, sans rien dire, s'imprégnant de sa personne.


    « Ce n'est pas à toi de décider si je suis assez fort pour soulever ce fardeau, Lenn. C'est moi. C'est moi qui doit prendre cette décision. Et je refuse que tu continue à souffrir tout seul. Je veux partager tes peines, je veux... Je veux te servir de guardien. Pour peu que j'en sois capable... Pour peu que tu acceptes qu'un corbeaux tel que moi puisse te protéger quand il a tant à se reprocher à lui-même... Mais je veux essayer. »

    L'indien avait la voix rauque vers la fin de son discours. Il lui en coûtait de se montrer vulnérable, mais il voulait essayer. Pour Lenn. Toutes ces émotions et ces aveux sincères lui donnaient le tournis. Lui qui était tant habile dans le mensonge, dans le sarcasme, se voyait maladroit devant toutes ces vérités, ces affirmations émotives. Il se sentait dans l'un de ces films à l'eau de rose sur lesquels il riait jaune. Il se sentait dans un roman. Il se sentait dans un rêve qui n'avait jamais de fin, dans un songe qui jamais ne s'estomperait. Était-il plongé dans un univers paralèlle ? Un univers que les destinées lui montraient pour qu'il voit ce qu'il serait devenu si une personne comme Lenn existait réellement ? Si c'était le cas, il n'était pas amusé. Jamal sentait Lenn trembler légèrement contre lui. Il voulait tellement être là pour lui... Et il tentait, malgré ses peurs, malgré sa certitude de ne pas être adéquoit. Combien de personnes avait-il vu se tenir loin de leurs obsessions secrètes en se disant que quelqu'un de meilleur qu'eux les rendraient plus heureux ? Et combien de ces obsessions finirent par ne jamais être heureux parce que ce quelqu'un de meilleur n'était jamais venu ? Bien qu'il ne se croyait pas digne de Lenn, il voulait être là pour lui, il ne voulait pas prendre la chance qu'un beau prince charmant ne vienne jamais et laisse le glaçon dans sa misère. Et si ce prince arrivait en court de route... Il s'effacerait. Rien de plus simple, pour un mouton noir. Son bonheur lui importait peu, tout ce qui comptait était celui de Lenn. Et quand celui-ci lui posa sa question, l'indien ne put s'empêcher de rire doucement.

    « Bien sûr que je suis fou. C'est ce qui fait mon charme, tu ne trouves pas ? »

    La réplique teintée de son humour étrange habituel était sortie toute seule, mais il ne la regrettait pas. Le silence s'étira doucement et Jamal en profita pour savourer le corps de Lenn contre le sien. Il ferma doucement les yeux et enfouit délicatement l'une de ses grandes mains dans la chevelure si douce du glaçon. Dieu qu'il aurait du retenir son geste. Comment il allait faire maintenant pour ne pas caresser les cheveux de Lenn à présent qu'il savait à quel point ils étaient soyeux ? Après un moment ou deux, Jamal tira doucement pour déloger Lenn du creux de son épaule, échangea un regard avec lui et déposa un doux baiser sur son front en fermant à nouveau les yeux. Ce dernier geste l'ému un peu trop à son goût et il se râtelât doucement la gorge, un surplus d'embarras face à sa vulnérabilité le forçant à se reprendre en main.

    « Hmm... J'sais pas pour toi, mais cette douche glaciale commence à me faire légèrement frissonner... J'crois qu'on devrait se sécher un peu... »

    Il se gratta nerveusement la nuque, grimaçant imperceptiblement devant le changement drastique et soudain de conversation. Mais il devait se reprendre un peu après tout ça, Jamal restait Jamal et il avait un mal fou à ne pas se cacher sous son masque de railleries. Finalement, ses yeux tombèrent sur une serviette et il se dirigea vers elle presque machinalement, avant de s'en saisir et de s'éponger un peu le visage. Il en profita pour sécher ses cheveux un moment, puis son regard tomba sur Lenn et il s'arrêta dans son geste. Le SEER finit par retourner devant Lenn et, sans un mot, se mit doucement à sécher ses cheveux à l'aide de la serviette, regardant son visage avec un air vulnérable.


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