"Quand il suffit d'un rien, on n'a pas besoin de grand chose." (Jude)

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"Quand il suffit d'un rien, on n'a pas besoin de grand chose." (Jude)

Message  Lou Steinlen le Jeu 7 Mai - 17:22



Il y avait des vieux accords qui grésillaient à ses oreilles. Lointains. Lou avait eu envie de sortir, ce jour-là, et quand il avait vu les devantures des cafés surpeuplées, il avait voulu tenter sa chance à l’intérieur. Qu’ils profitent tant qu’ils veulent des faux UVs et des lumières artificielles. Il avait songé un instant à absorber toute cette lumière et les laisser se débattre dans une nuit soudaine, interloqués. C’aurait pu être drôle … Non ? Mais dépenser tant d’énergie pour ça … Peut-être une autre fois. Cette seule pensée le faisait rire. Il n’avait toujours pas compris l’intérêt de se laisser (volontairement !) griller le cerveau au soleil. De toute façon, qu’il en ait eu envie ou non, ça lui faisait mal aux yeux. Au moins les choses étaient claires.

Il était donc entré et s’était dirigé vers le fond du café, où trônait une banquette en cuir rougeâtre. Il aimait bien l’atmosphère tamisée des bars, les lumières demi-éteintes des cafés. L’intérieur de l’endroit, déjà sombre au départ, le semblait encore plus par comparaison à la clarté du dehors. Lou soupira d’aise et se jeta sur la banquette, le sourire aux lèvres. Quelques particules de lumière vinrent à lui, et il s’entoura d’un voile d’obscurité rassurante. Une atmosphère plus tamisée encore dans laquelle il se sentait bien. Même que plus ça venait, plus il s’affalait au fond du fauteuil. L’air presque béat. Ca lui donnait l’air bête ? Il était inconvenant de se tenir comme ça dans un lien public ? Il s’en fichait. Peut-être même qu’il espérait bien qu’on viendrait le réprimander. Ce serait l’occasion de poser des questions gênantes. De clamer haut et fort qu’en fait, on s’en fichait un peu, de tout ça. Il y aurait eu des expressions gênées, des yeux levés au ciel. C’était assez marrant. Et puis il pourrait même …


- Qu’est-ce que je vous sers ?

Lou réfléchit un instant. C’était bien lui, ça, de se poser dans un café sans même songer à ce qu’il aurait envie de boire. Il fit mine de réfléchir, posant le doigt sur ses lèvres, dardant son regard azur vers le plafond. Le barman semblait un peu … Grognon ? Les sourcils froncés, les poings sur les hanches. Un bel air d’autorité patriarcale, tiens. Peut-être n’appréciait-il pas que l’on remette en cause ses choix en matière d’éclairage au sein de son propre café … Un froncement de sourcils. Une sorte d’ « Alors ? Tu vas encore me faire poireauter longtemps ? » façon arcade sourcilière. N’empêche … Ce que le visage humain est expressif, quand il veut … Le jeune homme soupira, en faisant la moue, puis finit par marmonner :

- J’prendrai une Tequila …

On la lui apporta et il se plongea dans la contemplation de son verre. Puis il leva les yeux. Il y avait bien quelques personnes assises ça et là. Assez loin. Leurs conversations ne lui parvenaient que sous forme de rumeurs confuses. Un mot ou deux qui ressortaient de temps à autre ! Les conversations qui nous échappent semblent souvent bien absurdes. C’est comme observer un échange derrière une paroi de verre. Les gens gesticulent, ouvrent la bouche … Aucun son n’en sort. On dirait qu’ils surjouent. Lou lui-même se montrait parfois très théâtral. Mais à ses yeux, tout le monde surjouait sa vie. Alors c’était peut-être pas plus mal de le donner à voir aux autres, parfois. Si ça pouvait les faire réfléchir un peu … Se demander ce qu’ils faisaient là, et surtout pourquoi ils accordaient tant d’importance à ce qui n’en avait pas.

C’était intéressant d’observer les gens … Il y avait cette fille, là-bas, l’air tout maladroit, ne cessant de ramener sur ses genoux une jupe qui avait tendance à trop remonter. Des couleurs un peu vives sur les paupières. Elle attendait sans doute quelqu’un. Alors elle s’était déguisée. Logique, hein. C’en était presque attendrissant. Lou aussi. Ce costume rapiécé d’histrion, mi-Pierrot mi-Arlequin, lui allait plutôt bien. Il y avait les incontournables collants filés sur les bras, un débardeur informe et délavé. Sa veste, il l’avait jetée derrière lui. Un jean gris-noir élimé aux genoux. Un bouffon du roi en grand deuil.

Il saisit son verre et le porta à ses lèvres. Une fois n’est pas coutume, Lou Steinlen était seul. Il s’était traîné dehors, les mains dans les poches, sans prendre la peine d’avertir les autres. Un besoin d’indépendance. L’envie de faire semblant d’être libre, rien qu’un peu. Et il avait erré, dans les rues d’Atlantis. Une cité enterrée où les rues étaient toujours propres et les gens bien comme il faut. En même temps, ils étaient constamment surveillés. Avaient-ils le choix ? Aux yeux de Lou, oui. Il y avait quelque chose de tragique dans l’alternative, mais l’un n’empêchait pas l’autre. On pouvait tout à fait choisir de pas s’en faire, d’essayer de voir, tester les réactions … Juste pas consentir à ce monde lisse et poli qu’on voulait nous imposer. Le jeune homme fit la moue en songeant au dehors. Cela faisait un an qu’il traînait là. Qu’il séchait les cours avec Nate, qu’il jouait de la basse dans une chambre chauffée, qu’il refaisait le monde, presque chaque soir, seul ou non. Qu’il étouffait dans une cité sous-marine. On disait toujours que les mesures étaient prises pour leur bien. *Tu parles …* Il y avait quelque chose de bien trop policé là-dedans, bien trop d’attention portée aux pacotilles. Et derrière ça, derrière les apparents compromis et toutes les fois où l’on fermait les yeux … Quel rigorisme au final ! On laissait bien les élèves coucher ensemble, on disait trop rien. Après tout, on s’pose pas de questions, après une partie de plaisir.

A ces pensées, Lou rit de lui-même. Le voilà qui partait dans une théorie du complot généralisée ! Mais après tout … Qu’on lui veuille du bien ou du mal, ça changeait rien. Ce qui le gênait, c’était qu’on lui veuille quelque chose. Et face à toutes ces interrogations, ces remises en cause, il avait eu envie de sortir. Il avait marché un peu, pour se changer les idées. Puis s’était posé là, sur un coup de tête. On n’osait pas généralement sortir seul. Lui, il aimait bien ça. Ça lui rappelait quelques trucs, lointainement. Les cafés de Fake Pearl n’avaient en fait rien à voir avec ceux qu’il s’était habitué à fréquenter dehors. M’enfin, il y avait ce fond de café, là, avec sa banquette … Sans les odeurs de fumée, sans les râles des guitares, sans leurs regards, à eux … La musique grésillait toujours, ici. Une radio locale qu’on avait du mal à capter ici. Entre deux interruptions, les bêlements d’une chanteuse quelconque. Une rasade de Tequila. N’empêche, c’est qu’elle criait fort, cette fille … Le jeune homme soupira et se décida à fouiller dans la poche de sa veste, d’où il tira un vieux baladeur à moitié disloqué et des écouteurs. Il tenta de le mettre en route, sans succès. C’était pas un de ses bons jours, apparemment. Il ne savait plus trop en quel honneur, mais le petit écran avait été brisé. Depuis, l’appareil lisait les fichiers … Quand il voulait bien. Lou avait toujours refusé d’en racheter un, pour l’instant. Il craignait un peu d’entrer dans les magasins clairs et froids de l’endroit. Était-ce nécessaire ? Et puis avec l’argent qu’on leur donnait ici, on les achetait, c’était clair. Alors Lou préférait rien faire, continuer à sécher les cours et à errer dans les couloirs. Quitte à ce qu’on lui retire quelques privilèges. Il aimait pas jouer le jeu. Se sentir obligé. On lui avait dit, dans la rue, qu’il n’avait pas à suivre les modèles prédéfinis, et que la pseudo-morale prônée par les nouveaux gouvernements n’avait pas de fondement. Ça n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd – on me souffle à cet instant de glisser un mot quant à la facilité de corrompre la jeunesse. Ce que je ne ferai pas. Fake Pearl … Un monde d’hypocrisie béate. Le jeune homme ne souhaitait pas trop savoir ce qui s’y tramait, d'ailleurs. C’était louche, ça lui suffisait. Il refusait juste de jouer le jeu, sans se poser trop de questions quant au réel mode de fonctionnement de l’endroit. Ce genre de pensées l’effrayait sans doute un peu.

Son verre était presque vide, et il jouait avec, distraitement. Promenait, songeur, ses longs doigts fins sur le bois verni de la table. Perdu dans ses pensées, divaguant à loisir. Soudain, il eut l’impression qu’une légère (très légère !) ombre se dessinait devant lui, masquant les lueurs fades des lampes. Il releva la tête.

Ce fut comme un éblouissement.


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Re: "Quand il suffit d'un rien, on n'a pas besoin de grand chose." (Jude)

Message  Judith Francoeur le Lun 11 Mai - 23:37



Sa montre indiquait 17 heures. C’était la fin des cours, ce premier jour de la semaine avait été particulièrement ennuyeux, comme à son habitude. Les différents cours s’étaient succédé dans leur ordre habituel, laissant ainsi à désirer à la fois l’intérêt et l’attention de l’élève qui suivait pourtant assidument ses cours. Il lui était rare de sécher, bien que ce ne soit pas l’envie qui lui manque. Elle était considérée comme une élève sérieuse et intelligente, dont les résultats étaient toujours à la hauteur de ses espérances, c'est-à-dire, brillants. Cependant, il fallait le dire, elle s’ennuyait dans une grande majorité de ses cours. Si ça ne l’intéressait pas un minimum, elle n’aimait pas ça. Pourtant, ce désintérêt ne l’empêchait pas de travailler correctement pour éviter une baisse de ses résultats. Elle n’était pas une grande travailleuse, et en faisait juste le minimum, ce que lui reprochaient généralement ses professeurs. Ses capacités étaient immenses, mais elle ne les exploitait pas au maximum. Elle ne se foulait pas, et s’installait dans le confort de sa fainéantise. Chaque année, elle augmentait quelque peu sa dose de travail, car plus les années passaient, et plus le niveau s’élevait. Cependant, elle continuait d’en faire le strict nécessaire pour obtenir de bons résultats. D’un autre côté, il valait peut-être mieux qu’elle procède de la sorte, gardant ainsi ses capacités en réserve pour les années suivantes. La difficulté ne lui ferait alors jamais face, et les quelques obstacles qui pourraient entraver son chemin seraient facilement surmontables.

La seule matière qui lui faisait réellement défaut et dans laquelle la belle Judith n’excellait pas était celle du contrôle de son pouvoir. Contrairement aux autres difficultés inexistantes, elle devait régulièrement affronter celle-ci. La maîtrise de son pouvoir exigeait une concentration intense de sa part, chose qui ne lui était pas aisé de faire lorsqu’elle sentait tous les regards des élèves braqués sur elle. Ce manque constant d’intimité était l’obstacle majeur qu’elle devait braver pour espérer vaincre ses difficultés. Il lui fallait oublier le monde autour, faire l’impasse sur ce qui l’intriguait en règle générale le plus. Faire le vide autour d’elle n’était guère difficile lorsqu’elle était seule. En revanche, se savoir observée de toute part déconcentrait davantage, et elle avait du mal à se sentir seule dans la pièce lorsqu’elle sentait les picotements de leurs regards sur son corps, la déshabillant un par un. Une sensation désagréable lui parcourait l’échine et elle avait alors du mal à atteindre l’état d’esprit dans lequel il fallait qu’elle soit pour réussir la maîtrise de son attraction.
Cependant, lorsqu’elle y parvenait, elle réussissait à renfermer son pouvoir en elle le temps de quelques secondes, voire quelques minutes. Son attraction n’était alors plus étendue autour d’elle, et elle n’agissait plus sur les personnes aux alentours. Ce qui était comique à voir était que certains regards restaient tout de même braqués sur elle tandis que d’autres se désintéressaient totalement de sa personne. Il en suscitait alors un léger sourire qui venait se dessiner sur les lèvres rosées de la jeune femme. L’attraction qu’elle éveillait chez les gens ne changeait en rien sa beauté naturelle. Elle était naturellement désirée par beaucoup d’hommes –et quelques femmes- même sans son pouvoir. Cette constatation lui faisait chaud au cœur et ne pouvait que lui arracher un sourire. Si d’autres détournaient le regard, elle s’en moquait, et en était même presque soulagée. Après tout, quoi de plus normale ? Vous auriez beau être la meilleure des prunes, tout le monde n’aime pas les prunes.

Judith avait longé le couloir aquatique surpeuplé d’élèves de Fake Pearl et quitté le bâtiment principal où avait eu lieu son cours de mathématiques, le dernier de la journée. Elle n’avait pas beaucoup de devoirs pour le lendemain, et puis de toute façon, elle n’avait pas la tête à ça. Aujourd’hui, elle avait envie de prendre l’air et fuyait l’atmosphère de sa chambre ou flottait une odeur de renfermé. Tout en traversant la petite cité d’Atlantis, elle profitait du soleil artificiel sur ses bras et épaules nues. Elle fermait les yeux et penchait légèrement sa tête en arrière pour prendre un bain de soleil. Sa longue chevelure blonde avait des reflets dorés et elle était encore plus resplendissante de beauté. Elle fouilla dans son sac et attrapa son Ipod dernière génération. Elle enfonça les petites oreillettes sans fil dans ses oreilles et mit l’une des chansons qu’elle aimait bien écouter en ce moment. Un petit écran virtuel apparut devant elle et elle posa son doigt sur ce voile impalpable au niveau de « Digitalism – Anything new ». Les premières notes de musique caressèrent ses tympans tandis que l’écran disparaissait.
Ses pas se calèrent sur la musique rythmée, et la belle s’amusait à lancer des regards ravageurs à tous ceux que son pouvoir désarmait. Lorsqu’elle écoutait la musique et que chacun de ses mouvements étaient rythmés par une musique entraînante, elle se sentait encore plus irrésistible. Etrange effet, n’est-ce pas ? Elle souriait innocemment, gardait les yeux baissés et les relevait lentement au moment précis où elle croisait l’individu cible. Ce petit regard en coin n’avait d’autres effets que celui de faire stopper net sa victime, dans un air complètement béat et imbécile. Judith retenait alors un petit rire cristallin qui ne demandait qu’à s’échapper de sa gorge pour s’envoler dans l’air ambiant. Mais elle se retenait.

Inconsciemment, ses pas la menèrent jusqu’au café « L’Hippocampe en chocolat ». Elle aimait bien ce petit café cosy, rien que pour son nom. Elle jeta un regard furtif en terrasse et – à son plus grand désarroi – ne reconnut aucune de ses proches ou lointaines connaissances. Elle aurait pu s’installer seule à une table, uniquement accompagnée de sa musique et bercée par les doux rayons du soleil, mais l’envie lui manquait. Elle avait envie de compagnie. Elle entra donc à l’intérieur, et balaya la pièce du regard. Ne distinguant aucune personne d’un grand intérêt avec qui elle avait envie de converser, elle s’enfonça un peu plus dans le café. Au pire, elle ressortirait et irait ailleurs.
Quelle ne fut pas sa surprise et sa joie quand elle découvrit ce jeune homme mystérieux entouré d’un voile obscur. Elle n’hésita pas une seule seconde avant de se diriger vers lui. Lou l’intriguait. Il lui rappelait étrangement son premier amour, Dylan, sa plus longue relation avant Nate. Il avait ce même physique et ce même look délabré que Judith aimait tant. Si les jeans rapiécés en faisaient fuir certains, ils attiraient au contraire la jeune femme. Elle aimait ce look décalé généralement à l’image de la personne qui l’adoptait. Ces personnes là étaient toujours des plus étranges, et cette singularité épatait Jude. Elle avait toujours était attiré par l’originalité, mais cette forme là d’originalité était de loin celle qui l’attirait le plus. Lou était tout comme un aimant qui l’attirait irrémédiablement à lui. Quelle sensation à la fois étrange et agréable de voir les rôles s’inverser.

Elle avait déjà discuté avec lui plusieurs fois, mais ils ne se connaissaient que superficiellement. Elle recherchait sans cesse sa compagnie, et ne désirait en réalité qu’à le connaître davantage. Il cultivait un certain mystère autour de sa personne qui avait le chic de piquer la curiosité de la belle blonde. Elle se sentait attirée par ce regard azur et ces ongles noirs. La moue rêveuse et détaché qu’il affichait en permanence provoquait souvent les sourires de la jeune femme qui se perdait parfois dans l’océan turquoise de son regard.
C’est d’ailleurs ce qu’il faillit lui arriver lorsque Lou releva la tête pour découvrir la belle silhouette de Judith qui lui faisait face. Elle lui offrit un sourire et, sans dire un mot, s’assit en face de lui. Elle retira ses deux petites oreillettes invisibles et rangea son Ipod dans son sac. Après quoi elle posa ses coudes sur la table, joignant ses mains et entremêlant ses doigts. Elle plongea son regard océan dans celui bien plus clair de Lou. Avec ce sourire irrésistible qu’on lui connaissant, elle lui dit :


    « Je ne te dérange pas j’espère ? »

[1343 words]
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Re: "Quand il suffit d'un rien, on n'a pas besoin de grand chose." (Jude)

Message  Lou Steinlen le Jeu 14 Mai - 1:15


Elle s’appelait Judith. Lou avait déjà échangé quelques mots avec elle, au détour d’un couloir. Un sourire ou deux, au foyer. Pas plus que ça. Il cligna des yeux. Un éclat blond, une lueur océan au fond du regard, la lumière d’un sourire venaient troubler ses ombres habituelles. La beauté de cette jeune fille avait quelque chose de solaire … Elle le fascinait tout autant qu’elle l’effrayait. L’effrayait, oui. Lou avait beau se répéter qu’elle n’était « pas son genre », il ne pouvait s’empêcher, quand elle se tenait juste devant lui … Le pouvoir de la demoiselle le mettait mal à l’aise. Il se sentait, comme tout le monde, attiré par cette beauté lumineuse. Il préférait alors détourner les yeux. Impossible de se croire indépendant, impossible de se croire libre quand Judith était là. Il sentait bien alors toute la vanité de ses sentiments de révolte et la légèreté de ses provocations. A la voir, il se sentait impuissant. Parce qu’il avait beau faire, se répéter tout ce qu’il voulait, il ne pouvait pas ne pas se sentir attiré par elle. Alors il la fuyait presque. Il aimait pas trop être confronté à ses propres échecs.

Ils s’étaient bien retrouvés face à face, de temps à autres, mais ces rencontres demeuraient assez rares. Elle, pourtant, semblait souhaiter l’approcher. Lui, d’ordinaire si expansif, avait parfois préféré se renfermer derrière des murs d’indifférence, quand elle était dans les parages. Dans ces moments-là, de peur de n’être pas lui-même, il n’était plus rien du tout. Ça n’avait pas dû la rebuter, apparemment. Elle continuait, de temps à autres, à venir vers lui, lui adressait au loin un sourire quand il leur arrivait de se croiser. Ils avaient eu quelques conversations dont il gardait un bon souvenir, pourtant. Alors qu’ils en étaient restés au stade des banalités.

Il la regarda s’asseoir, juste sous son nez, légèrement perplexe. Il y avait tout de même une chose qui lui plaisait chez Judith … C’était qu’elle n’avait pas froid aux yeux. Elle fonçait. Sans se poser trop de questions. Et puis bon … Il devait bien s’avouer qu’elle avait de la conversation et du répondant. L’intéressée, après s’être installée devant lui, joignit les mains et demanda, d’une voix mélodieuse, esquissant un sourire :

« Je ne te dérange pas j’espère ? »


Lou se sentit désarmé. *Comme si on avait le choix, tiens … * Et alors qu’intérieurement il se cabrait contre lui-même, il plongea son regard dans celui de la jeune fille. Se laissant aller à la contempler un instant. C’était quelque chose de proprement incompréhensible pour lui : si l’on prenait chacun des éléments de son visage indépendamment les uns des autres – cheveux blonds-or, yeux bleus, lèvres rouges – il n’y avait pas de quoi en faire tout un plat. Et malgré ça, elle avait un charme fou. Le jeune homme se redressa un peu et lui adressa un sourire en coin. Pris au dépourvu, il lança une question au vol, d’un air léger. Laisser toujours planer le doute quand on n’avait pas de réponse bien sentie. Répondre aux questions par d’autres questions. Il éleva donc la voix et lui demanda, simplement, sans agressivité aucune:


- Tu crois que ce serait possible, de dire « oui »?


Ce n’était pas un reproche. L’interrogation était sincère. Les questions de ce type vous prenaient au piège. Pire, elles encourageaient l’hypocrisie. Alors qu’il observait Judith, son sourire s’élargit. Il ne s’attendait pas à cette rencontre mais après tout, maintenant qu’elle était là … Lou s’accommodait plutôt bien des hasards de ce genre. Et puis errer seul, c’est encourager parfois les rencontres inattendues. La surprise avait souvent du bon. Il oublia tout aussi vite ses doutes et ses objections, et reprit, d’un air amusé :


- J’peux pas non plus t’inviter à t’asseoir, puisque c’est déjà fait. ‘Me reste, je crois, à te souhaiter le « bonjour » et te demander si tu vas bien.


Autour d’eux, un éclaircissement. Lou cligna des yeux, le temps que ses yeux s’habituent au changement de luminosité. Il aimait bien se réfugier dans son cocon d’obscurité, quand il était seul. C’était les moments où il se laissait vagabonder ses idées et réfléchissait aux sursauts du monde. Quand il était accompagné, par contre, plus question de faire n’importe quoi avec la lumière. Judith, avec son sourire lumineux, l’avait tiré de ses noctambulismes et il retournait, pas si mécontent ça au final, à l’agitation du monde diurne. Oui, vraiment. Une petite voix, dans un coin de sa tête, laissait entendre qu’il était plutôt content qu’elle soit là. Il ne lui accorda qu’une oreille distraite. Il préféra gratifier la jeune fille d’un nouveau sourire, tandis qu’une lueur espiègle scintillait dans son regard :


- C’est comme ça qu’on nous dit d’faire, j’crois bien …


Il haussa les épaules :

- Enfin … Si on devait toujours faire comme on nous l’dit … C’que ce serait ennuyeux.


Plus qu’ennuyeux, même. Aux yeux de Lou, suivre les dictats de ce que l’on nommait le sens commun, respecter des règles que l’on avait institué pour lui et à sa place, s’en tenir, enfin, aux préceptes de la bienséance, c’était proprement absurde. Il était jeune, alors il pensait contre. Tentait parfois de substituer à la morale admise des façons de penser qui lui étaient propres. C’était pas forcément évident. Le jeune homme regardait Judith, un peu interloqué. Il comprenait pas forcément pourquoi cette jeune fille, si jolie, si bien habillée pouvait avoir à faire avec un gars comme lui. Avec elle, il aurait presque peur d’aller trop loin, et d’exposer trop avant ses lubies anarchisantes. Ça lui faisait pas ça d’habitude, pourtant. Et puis il la connaissait pas vraiment Judith ... Alors pourquoi ? Il en savait trop rien, après tout. L’image qu’il avait d’elle était le reflet de ce qu’elle laissait voir, quotidiennement. Il avait juste l’impression qu’ils étaient pas du même monde. Alors il se disait qu’ils pensaient pas de la même façon. Derrière les mêmes mots, des réalités différentes. C’est pas pour ça qu’une conversation pouvait pas être intéressante, d’ailleurs. Au contraire. Mais Lou avait, étrangement, un peu de mal à la cerner.
Le jeune homme se cala un peu mieux dans son fauteuil. En voilà des hésitations idiotes ! Est-ce qu’il était du genre à s’embarrasser de précautions ? Un autre que lui aurait sans doute déjà multiplié les galanteries, déployant tout l’attirail traditionnel de séduction. Lui aurait proposé de l’inviter aussi, tiens. Lou sourit à cette pensée. Il était vraiment pas fréquentable, en fait, comme mec. Même pas particulièrement asocial, juste … Qu’il aimait pas jouer le jeu. On en revenait à la même chose, au final. Tout tournait autour de là. La comédie des mœurs était la même depuis des décennies. Ça en deviendrait presque triste. Il y avait un risque tout de même : la personne en face pouvait ne pas comprendre. Pire, se sentir blessée. C’était bien la dernière chose qu’il souhaitait, en fait. Il leva les yeux vers Judith, assise devant lui. Leurs deux regards qui se perdent, l’un dans l’autre. Il ajouta enfin, d’une voix plus douce :



- Et donc … Tu vas bien depuis la dernière fois ? Quelles sont les nouvelles ?


Voilà qu'il disait tout et son contraire. Tant pis. En vérité… Oui, il était pas mécontent qu'elle soit là ...

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Re: "Quand il suffit d'un rien, on n'a pas besoin de grand chose." (Jude)

Message  Judith Francoeur le Mer 1 Juil - 19:17

Judith ne fut pas assez patiente pour attendre sa réponse et s’abandonna de nouveau à la contemplation de cet être hors du commun. Qui aurait pu penser que quelqu’un considérerait un jour Lou comme « un être hors du commun » ? Cet énergumène sans aucune logique manquait cruellement de politesse, ou tout du moins de réactions sensés et appropriés à chaque situation. Il était comme coupé de toute réalité, rejetant perpétuellement tout ce qui pouvait appartenir à l’ordre du commun. Elle ne le connaissait pas beaucoup, certes, mais son je-m’en-foutisme était tel qu’elle pouvait facilement le discerner. Il était gravé sur son visage, et chacun de ces faits et gestes en étaient imbibés.
Elle remarqua d’ailleurs qu’au lieu de répondre directement à sa question, -ce qu’aurait fait tout être normalement constitué, le tout en rougissant et bégayant- il se laissa aller à sa contemplation. La scène aurait presque pu être comique, il semblait que chacun essayait de mieux cerner l’autre, de découvrir ce qu’il renfermait au creux de son âme par la simple utilisation du regard. Ils se regardaient comme si c’était la première fois. Judith n’omit d’ailleurs aucuns détails. Elle parcourut les fins traits de son visage angélique, se laissant glisser tout comme sur une vague parfaitement dessinée et que la houle aurait amené en délicatesse. Elle abandonna quelques secondes sont regard d’azure pour aller visiter ses pommettes saillantes. Sa peau était aussi blanche de la neige et la belle aurait juré qu’elle était également aussi froide. Elle descendit le long de son menton pour finir en beauté par ses lèvres d’un rose pâle, presque incolore. Tout comme sa peau, elles semblaient de glace. Elle replongea aussitôt son regard dans celui de Lou qui semblait s’étendre jusqu’à l’infini.


    - Tu crois que ce serait possible, de dire « oui » ?

Sa réponse coupa court à sa contemplation. Elle se sentit presque prise au dépourvu, coupé dans son élan. Elle cligna une fois des yeux pour se re-concentrer sur le sujet. Un mince sourire se dessina sur ses lèvres. Elle aurait pu prendre cette réponse pour de la provocation, non pas pour ce qu’elle disait, mais pour la forme qu’elle avait. Cette forme interrogative l’amusait autant qu’elle la dérangeait. C’était elle normalement qui répondait aux questions par d’autres questions. Elle n’avait pas souvent vu quelqu’un jouer le même jeu qu’elle et cela aurait presque pu la mettre passablement en colère si ça n’avait pas été Lou qui avait parlé. Son favoritisme le sauvait de l’attitude désagréable et des répliques cinglantes de Judith, il pouvait s’estimer très chanceux. Elle ne prit donc même pas la peine de répondre à cette question rhétorique, plus amusé par le fait qu’il décide d’en user ainsi avec elle que par sa légère ironie.

Elle ne l’avait pas lâché du regard et c’et ainsi qu’elle pu y discerner un léger amusement. Ses yeux s’était légèrement plissés lorsque son sourire c’était élargit. Judith, quant-à elle restait égale à elle-même, et ne changeait pas d’attitude. Elle avait toujours ce léger sourire accroché aux lèvres et cette lueur mystérieuse et indéchiffrable dans les yeux. Ses deux prunelles scintillaient. C’était un scintillement malicieux et amusé, mais peu aurait pu le détecter à ce moment là.
La belle laissa le jeune homme parler, écoutant avec attention et un certain amusement ses suppositions relativement douteuses sur la manière de faire à la rencontre d’une personne. Cela se voyait que Lou n’était pas forcément habitué à la compagnie, à moins que ce ne soit qu’un artifice pour cacher son trouble… Si c’était le cas, celui-ci était réussi et la belle blonde aurait presque pu en être impressionnée.

Ce qu’il venait de dire sortait un peu de toute logique, car si l’on résumait le tout, il disait tout simplement que lui dire « Bonjour » serait ennuyeux. Judith était loin de le prendre mal, et au lieu de froncer les sourcils pour incompréhension totale, son sourire s’élargit et ses yeux s’étirèrent. Son regard pétillait toujours autant de malice. L’originalité de Lou lui plaisait, elle aimait cette extravagance. Ses réflexions trahissaient son âme rebelle. Décidemment, il ne voulait pas faire comme tout le monde, pas même dans la manière de saluer une personne. Il allait sans cesse contre toutes les règles qui pouvaient s’ériger devant lui, même les règles de politesse. C’est pourquoi ce jeune homme intriguait autant notre jeune demoiselle. Il n’était pas comme les autres.
En somme, il n’était pas comme les autres parce qu’il ne voulait pas être comme les autres. Il est dit que ce que les autres voient est le reflet de ce que nous même pensons de nous. Ainsi, celui qui se trouvera beau et qui pensera être un véritable Don Juan en sera un. A l’inverse, celui qui se croira beaucoup trop maigre passera toute sa vie renfermé sur lui-même et obnubilé par ce petit défaut de rien du tout mais que tout le monde verra par sa faute. Se voyant comme quelqu’un de maigre, son entourage le verra aussi comme étant quelqu’un de maigre. Ce phénomène est possible pour toute sorte de chose, allant du plus explicite au plus implicite. C’est ainsi que Lou passait pour un vrai rebelle « hors du commun » et différent de tous. Lui-même se voyait comme différent, refusant de se fondre à la masse et d’adopter des comportements normaux. Il se voyait rebelle dans l’âme, véritable révolutionnaire voulant aller à l’encontre de tout pour ainsi échapper à la léthargie de l’ennui. Il en était d’ailleurs tellement persuadé que cette assurance et cette forte conviction déteignait sur les autres, de fait que tout le monde le voyait également ainsi.

Absorbée par ses réflexions aux bords du philosophique, la belle Judith en oublia de répondre. Le silence n’était pourtant pas quelque chose qu’elle aimait faire perdurer. Elle aimait mener la conversation et piquer la curiosité de son auditeur. Cependant, elle savait également manier l’art du silence avec brio. Ce silence qui pouvait être pesant était un des premiers outils du mystère. Il fallait savoir le cultiver et l’utiliser à bon escient. Cependant, Lou avait déjà enchaîné si elle allait bien et quelles étaient les dernières nouvelles. Décidemment, il disait tout et son contraire, et cet esprit contradictoire provoqua un sourire chez la belle.


    « S’il est si ennuyeux de faire comme on nous le dit, alors pourquoi tu le fais ? »

Et voilà. Judith venait de lui faire une belle démonstration de sa mauvaise habitude de ne jamais répondre aux questions par autre chose qu’une nouvelle question. Elle excellait dans ce petit jeu auquel elle prenait un plaisir fou depuis bientôt 19 années.
Alors qu’elle plongeait de nouveau son regard dans le sien, elle esquissa un sourire. Ce n’était pas le moment de le déstabiliser davantage, elle allait tâcher d’être « cool ».


    « Sinon, bof tu sais le moral ça va ça vient, mais je peux plutôt dire qu’en ce moment je me porte à merveille et que mon bonheur est à son apogée ! Pour ce qui est des nouvelles, je ne savais pas que tu t’intéressais aux potins… Je dois même dire que ça m’étonne de toi. »

Judith prit un air faussement étonné avant de sourire de nouveau. Elle s’assit un peu plus confortablement son la banquette, se relaxant davantage. Elle n’avait pas même remarqué que la lumière était de nouveau revenue, sûrement trop occupé à regarder le jeune homme assis en face d’elle.

    « Et toi alors, tu as l’air de te porter plutôt bien, je me trompe ? »

Tout comme lui, elle faisait le contraire de ce qu’elle approuvait. Elle se moquait un peu de faire comme tout le monde ou non, mais était tout à fait d’accord sur un des points qu’il avait soulevé : L’ennui. Il était le pire ennemi de la belle blonde, et elle le fuyait comme la peste. Elle n’aimait pas se reposer sur des banalités et profiter d’une douce et agréable routine. Elle voulait que les choses soient sans cesses différentes et mouvantes, aussi ambivalentes qu’elle. Cependant, les désirs de l’homme sont parfois trop immodérés…

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Re: "Quand il suffit d'un rien, on n'a pas besoin de grand chose." (Jude)

Message  Lou Steinlen le Ven 3 Juil - 21:11





Alors qu’ils se faisaient face, s’amusant l’un de l’autre, un mouvement au-dessus de sa tête attira son regard. Lou leva les yeux vers le plafond … Et y vit une petite mouche noire tournoyer au-dessus d’eux, répétant incessamment le même mouvement, entre les appliques. Elle tournait en rond, toujours le même sens. Mêmes écarts de trajectoire, et des irrégularités étrangement régulières. On aurait dit un automate. Il y avait donc des formes de vie qui s’étaient développées à Fake Pearl, malgré les folies d’hygiène et les manies de propreté … Ouais, vous vous rendez compte ? De la vie, à Fake Pearl. Des insectes, des parasites, des hommes. De quoi donner à réfléchir … Tiens, ils auraient peut-être pu, avec leur budget faramineux, développer un zoo dans la ville d’Atlantis. Déjà, ça plairait aux gamins de voir d’autres animaux en cage … Et puis ça montrait que c’était possible, malgré tout. Ou même une mare aux canards, en fait … Une sorte d’indice des possibilités de survie. Comme les canaris dans les mines, avant. On avait parlé de ça, dans un des cours d’Histoire … Et il avait pas trop mal écouté, à ce moment-là. A la mention des gamins enrôlés de force sous terre il s’était ressorti sa propre image : celle d’un adolescent paumé sous l’eau. Puis l’histoire des oiseaux … Triste, mais nécessaire. Et alors que le prof continuait, l’anecdote passée, à énumérer des chiffres, parler d’histoires d’économie et de révolution industrielle, il s’était pris à rêver. Des fois, ici, il se sentait comme en captivité. Comme les animaux qu’on place dans un bout d’environnement reproduit, et qui vivent leur vie. On leur donnait tout, et comme ça on pouvait les observer tranquillement depuis son propre train-train quotidien. Sans avoir à se remettre en question. On invitait l’étrangeté chez soi, le temps d’un frisson, et on rangeait tout au placard ensuite. De même, on s’achetait des instants à se sentir supérieur, des minutes où croire qu’on voyage. Et on amenait des fantômes d’animaux sauvages à regarder, dans notre incessante recherche du spectaculaire. Est-ce qu’eux, ils s’ennuient, murés dans leur silence, loin derrière les parois ? Il osait croire que oui … Et alors, ça le rendait un peu triste… Il jeta un dernier regard à la mouche, qui tournoyait inlassablement. Peut-être aussi qu’on voulait juste leur faire croire que la vie était naturellement possible ici, et que c’était un automate en bug … L’ironie cosmique aurait eu quelque chose de drôle. C’est alors que Judith lui répondit. Il cligna des yeux, un peu étourdi, et reporta son attention sur elle.


« S’il est si ennuyeux de faire comme on nous le dit, alors pourquoi tu le fais ? »

Il sourit bêtement. Elle était marrante, sa question. Pertinente, aussi, mais c’est moins drôle à constater. Il regardait la jeune femme, conscient du désir qu’elle inspirait, si naturellement. Il avait beau dire, il se sentait troublé. Et puis, il préférait poser les questions, et éviter d’y répondre. Lui, il savait jamais, de toute façon. Des fois, il s’en posait trop, des complications. Pas bon, ça. Ca empêche d’agir, des fois. Ca aveugle, surtout. A trop rester dans les obscurités familières de ses réflexions, on est trop ébloui par le monde, après. Parce que le monde, lui, il réfléchit pas. Il continue à cheminer, dans ses hasards, sans chercher à comprendre. Alors est-ce que ça valait le coup … ? Généralement, il laissait faire, sans réfléchir aux conséquences. Ca ne lui réussissait pas toujours ; loin de là, même. Mais après tout …

Il saisit son verre et le porta à ses lèvres, avant de se rendre compte qu’il était bel et bien vide. Soit. Il le reposa, d’un air indifférent. Jeta un coup d’œil vers le bar, sans y voir le serveur. Philosophe, il haussa les épaules et reporta son attention sur la belle Judith. Elle disait se porter à merveille. La lumière qui irradiait de son sourire, la lueur qui brillait dans ses yeux venaient confirmer ses propos. Il haussa un sourcil. A son apogée … A ce point ? Et voilà qu’elle se mettait à parler de potins, ce qui acheva de le rendre perplexe. C’était pas son genre de demander ces choses-là, peut-être qu’elle avait mal compris. Ou qu’elle riait de lui, à se façon … Non mais … Les dernière histoires qui se nouaient et se dénouaient … Quel intérêt ? N’empêche, les innocents propos de la demoiselle le tourmentaient un peu. Déjà, ça voulait dire qu’on pouvait avoir le moral au beau fixe dans un tel endroit. Bon, admettons. Dans un autre sens, ça avait quelque chose d’inquiétant. Il était pas sûr, mais apogée … Ca voulait dire le point le plus haut, non ? Alors ça supposait qu’après … C’était sans doute pas c’qu’elle voulait dire, mais ça laissait entendre qu’après, ce serait plus aussi haut, plus aussi lumineux. Et puis zut, bonheur, c’était fort quand même ! Lou avait un peu de mal avec ces grands concepts, bien ronds, bien lisses : de belles perles bien polies. Surtout ceux qui portaient bien la majuscule. Voyez le Bonheur, avec son air pompeux … C’était un mot qui avait quelque chose de trop figé, de trop rangé, de trop … Fixe. Rien à voir avec les mouvements de la vie. A ses yeux, on pouvait être heureux, quand on se débrouillait pas trop mal. Mais nager dans le bonheur non, jamais. Il haussa un sourcil, dévisageant son interlocutrice :


- A son apogée, vraiment … ? Murmura-t-il dans un souffle.

Un sourire en coin.



- Moi ? Ça va …

Expédiées, les banalités. Voilà un sujet qu’il n’était pas amusant d’évoquer. Un geste de la main, évasif. Et il lança, dans un sourire :


- Par rapport à ta question : t’sais, j’suis pas à une contradiction près …

Il planta son regard dans le sien, l’air grave. Dans l’espoir de dissimuler le doute que, doucement, elle instillait en lui.


- Après tu le prends comme tu veux. Soit t’en conclus que j’suis l’dernier des imbéciles – et alors, ça valait même pas la peine de poser la question. Soit tu te dis que c’est parce que ...

Un temps.

- Tu sais maintenant que j’me sentais pas obligé … Alors … Peut-être juste parce que j’en avais envie ... Dans les deux cas, c’est plus ou moins flatteur pour toi, alors tu t’sers, hein.

Il pensa développer davantage. Lui dire que les formules toutes faites, ça servait à rien d’autre qu’à répéter toujours les mêmes choses sans rien mettre derrière … Que ça crée des malentendus, auxquels tout le monde fait semblant de croire. Il la regarda, se demandant ce qu’elle pouvait bien vouloir. Si elle aussi, elle fuyait l'ennui du monde. Si elle aussi, elle avait parfois l'impression que tout n'était qu'un divertissement sans importance. Eux tous ? Des marionnettes un peu trop réalistes pour que ce soit pas de mauvais goût. Guignol qui se croit important, c'est tout de suite moins drôle ... En fait ... Oui, il avait demandé quand même. Il avait sacrifié au bon vouloir de la politesse. Jude, il voulait pas la froisser. Elle était trop ... pour ça. Et puis ça posait le truc, quoi. Il avait pas envie d'échanger des banalités avec une inconnue, juste pour passer le temps. Alors autant écarter ça tout de suite, et voir où la conversation les mènerait ... Oui, c'était pour tout ça ... Et il lui aurait dit, peut-être, si elle n'avait pas commencé à répondre, presqu'aussitôt.

Il leva les yeux, jetant un regard vers le plafond. L’insecte avait arrêté sa folle course. Comme s’il en avait assez de s’évertuer à aller nulle part.


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Re: "Quand il suffit d'un rien, on n'a pas besoin de grand chose." (Jude)

Message  Judith Francoeur le Jeu 23 Juil - 18:56

Le cliquetis de ses ongles noirs parfaitement limés sur la surface lisse de la table en verre. Son regard rêveur, égaré. L’une de ses mèches de cheveux blonds se laissant emporter dans le tourbillon de vent du ventilateur, au dessus de leur tête. Ses lèvres roses et galbées. Son nez finement retroussé. La perle à son oreille, formant un croissant de lune lumineux. Tout ceci rendant une harmonie parfaite. La scène idéale du début d’un film d’horreur. Chaque détail filmé lentement. Le battement de cil au ralenti, le ventilateur reproduisant son mouvement inlassablement, cette danse infinissable qui vous entraîne petit à petit vers le pire. Vous voyez où je veux en venir ? Si on se laissait emporter par cette image, l’on croirait aisément que la belle blonde n’a plus que quelques heures à vivre avant que le malheur ne se déclenche, n’est-ce pas ? Mais comment détacher vos yeux de cette beauté inexprimable. Cette douce créature. Quel est donc ce magnétisme qu’elle exerce sur vous, qu’elle est cette aura lumineuse qu’elle dégage ? Vous vous posez des questions, vous êtes angoissés. Vous avez peur, dans un sens.

En réalité, il ne lui arrivera rien. Ou du moins, pas plus que quelques rencontres, dont certaines intéressantes, d’autres plus ennuyeuses que jamais. En réalité, vous n’avez strictement aucune raison d’avoir peur. Quoi que…
En réalité, Judith regardait Lou, sans vraiment le regardait. Vous connaissez ce regard absent, lointain. Il vous fixe, sans vous fixez pour autant. Il vous passe à travers, comme si vous n’étiez qu’une forme translucide et que la personne qui vous regarde avec ce regard-là voit bien au-delà. Elle explore de nouveau horizons. C’est ce regard qui met mal à l’aise. Avec lui, on croit que la personne peut lire en vous, qu’elle déchiffre petit à petit les papyrus de votre âme.
Voyons, Judith ne lit ni dans le cœur, ni dans les pensées. Judith attire, c’est tout.


    - A son apogée, vraiment … ?

Le regard absent de Judith redevint présent, et celui-ci se mua petit à petit en un regard légèrement amusé. Son insistance sur son bonheur avait fait l’effet souhaité. Lou était interloqué, perplexe. Elle était sûre qu’il s’interrogeait désormais sur son grand ami le Bonheur, celui qui n’avait pas semblait lui rendre visite maintes et maintes fois. Elle était sûre, aussi, qu’il se demandait au plus profond de lui-même comment était-ce possible que le bonheur de Judith soit à son apogée. Pourtant, Judith n’avait pas choisi ses mots au hasard, bien au contraire. Elle avait cherché à susciter cet état d’incompréhension chez Lou. Elle avait voulu le faire douter davantage et le faire réflêchir.

    « Oui, lorsque les hasards de la vie répondent à nos désirs… » Dit-elle avec un sourire

Y verrait-il l’allusion ? Bien qu’elle soit discrète, elle savait Lou intelligent, et était presque sûre qu’il ne passerait pas à côté. Elle avait tout simplement voulue dire que son désir était de le croiser, et que ces souhaits étaient alors exaucés, d’où l’apogée de son bonheur à l’instant précis. Il est vrai qu’elle n’aurait pu être plus heureuse si elle avait croisé quelqu’un d’autre. Certes, beaucoup de personnes éveillaient la curiosité de la demoiselle, beaucoup l’intriguaient, mais peu l’attiraient autant que Lou. Il avait ce petit quelque chose, ce petit plus comme on le dit, qui faisait que Judith était extrêmement intéressée par lui. Elle ne désirait que le connaître davantage. Bien sûr, il y avait beaucoup d’autres personnes que la belle désirait connaître, beaucoup aussi qu’elle connaissait déjà extrêmement bien et qu’elle adorait, mais elle n’aurait su expliquer cette étrange attraction que Lou exerçait sur elle. Il n’était pas le seul pourtant, car, bizarrement, lorsque Judith croisait Reverdie, elle ressentait pour lui une forte attirance. Néanmoins, celle-ci se dissipait lorsqu’il disparaissait de son champ de vision. Avec Lou au contraire, celle-ci semblait s’amplifier davantage. Il l’intriguait sans arrêt, et Judith avait bien l’intention de plonger au creux de sa mine d’or pour y trouver bien des trésors.

    - Par rapport à ta question : t’sais, j’suis pas à une contradiction près …

Les banalités étaient passés, et l’on en venait enfin au vif du sujet, au plus intéressant, quoi. Il allait bien, on était sauvé ! Il avait raison, les banalités ne lui allaient pas. Il n’était pas fait pour les banalités. Elles étaient trop simples, trop courantes, trop générales. Est-ce que se sont là des mots qui définissaient réellement Lou ? Non. Lou était bien plus que ça. Lou allait au delà des banalités, ou peut-être s’arrêtait-il avant. Elle n’aurait su le dire, mais rien de ce qu’il était n’entrait dans le cadre des banalités. Il était toujours en dehors de tout, aussi bien dans la simplicité que dans l’extravagance.
Certes, il n’était pas à une contradiction près. Il ne serait d’ailleurs jamais à une contradiction près. Lui-même était un être complètement contradictoire ! Judith répondit à son regard grave par un léger sourire et une lueur dans le regard.

Voilà déjà qu’il continuait son monologue. La belle préférait le laissait parler, histoire de voir où son excentricité les mènerait tous les deux. Après ces deux belles phrases sans aucune logique, Judith pu constaté que son excentricité les avait menés au beau milieu de nulle part. Elle eue envie de rire. Oui, de rire. Lou ne finissait jamais, ou très rarement, ses phrases. Elles étaient toujours en suspension, comme pour nous laisser le loisir d’imaginer la fin… Avec lui, il fallait être attentif, et ne jamais décrocher. Sinon, il était dur de suivre. N’importe qui aurait pu avoir du mal à comprendre cette étrange créature. Judith aussi avait du mal, mais c’était justement ça qui lui plaisait. Les conversations avec Lou l’amenaient à réfléchir. Certes, elles étaient absurdes, et certainement sans aucun sens, mais tant pis, elles étaient là. Elles étaient moins des paroles en l’air que toutes les autres banalités échangées. Elles étaient des paroles sincères, déboulant d’une pensée, qu’il fallait ensuite démêler et déchiffrer. Elles étaient concrètes.


    « Je n’ai jamais pensé que tu étais le dernier des imbéciles. Tu es d’ailleurs certainement bien plus intelligent que beaucoup de personnes ici, à Fake Pearl. Tu n’es pas bête, ou tout du moins, pas assez pour te laisser berner par cet univers faux et boursouflé d’orgueil. Mais passons. Tu sais, ce n’est pas les contradictions qui me dérangent, ou du moins, pas les tiennes. Elles me dérangent moins que les banalités, et encore. En faîte, peu de choses me dérangent chez toi. Dans un sens, c’est aussi flatteur pour toi. »

Elle plongea son regard bleu océan dans le sien, sans siller. Elle repensa vaguement à ce qu’il venait de lui dire… Peut-être en avait-il juste eu envie oui, juste envie de savoir comment elle allait. Etait-ce une attention délicate, qui signifiait qu’il lui portait un intérêt quelconque ? Pas sûr. Judith avait plutôt l’impression que Lou se fichait de tout. Pourtant, elle aurait aimé qu’il ne se fiche pas de tout. Ou plutôt, qu’il se fiche de tout, sauf d’elle… Quelle égoïste, n’est-ce pas ?
Lou leva les yeux au plafond. Judith suivit son mouvement. Rien. Que cherchait-il ? Un moyen d’échapper à l’ennuie qui le prenait ? Un moyen d’échapper à Judith ? Ou juste l’inspiration ? Peut-être rien du tout, au final.


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Re: "Quand il suffit d'un rien, on n'a pas besoin de grand chose." (Jude)

Message  Lou Steinlen le Ven 11 Sep - 14:52

« Oui, lorsque les hasards de la vie répondent à nos désirs… »

Lou qui s’était perdu un peu, en cherchant son insecte du regard, baissa la tête, étonné. Au sens fort du terme. Il ne s’attendait pas à cette réponse. En même temps, elle lui plaisait. Tout ce qui flatte un tant soit peu notre amour propre est bon à prendre, déjà. Et y’avait pas que ça. Ce n’était qu’une simple phrase, même pas une dizaine de mots. Mais voilà, « les hasards de la vie », ça lui plaisait bien, comme formulation. Ca lui donnait l’impression que Judith partageait peut-être un peu ses propres vues et ses propres conceptions. Beaucoup aiment à voir dans le cheminement de leur vie la marche d’un destin tout tracé – c’est plus facile quand il vous arrive une bourde de dire, en haussant les épaules d’un air impuissant « c’était écrit, j’y peux rien. » On culpabilise pas, on s’pose pas de questions. En somme, c’est bien pratique. Mais le hasard … Ca changeait pas les choses du tout au tout, ça aurait été trop facile, mais … Si l’on pense que c’est le hasard, ce trublion de hasard qui régit notre monde, notre vie, tout vous paraît plus … Absurde, plus gratuit. Ca peut angoisser, ça angoisse souvent, mais dans un sens, penser comme ça, ça peut aussi vous rendre plus libre. Alors c’était rien, pas grande chose, mais dans la petite phrase de Judith, y’avait ça, un peu … Ca et … Alors qu’il s’apprêtait à répondre, le visage de Lou se fendit en un large sourire, plus lumineux, plus vrai que ce rictus goguenard qu’il arborait souvent, comme unique armure :

- Bah … Faudra espérer que les hasards de la vie préparent d’autres occasions dans l’genre, alors …

Et ses yeux décrochèrent. C’était difficile de soutenir longtemps le regard de Judith. Elle semblait trop assurée, trop parfaite. C’était ça, qui le repoussait un peu, quand il l’apercevait. Elle faisait trop belle-jeune-fille-intelligente-etc., il lui trouvait pas assez de défauts. Alors ça l’énervait. Et puis, par ce pouvoir … Il avait peur de se faire avoir. Lou, c’était la méfiance, personnifiée. Qui évite de tirer des conclusions, la plupart du temps, mais la méfiance quand même. Pourtant, quand il lui parlait, ça se passait bien … Et il avait déjà du dépasser pas mal de préjugés qui l’avaient déposée directement dans la case des « jeunes filles bien rangées ». Ça, tout de même, il en était revenu. Judith, elle intriguait pas mal.

- Je n’ai jamais pensé que tu étais le dernier des imbéciles. Tu es d’ailleurs certainement bien plus intelligent que beaucoup de personnes ici, à Fake Pearl. Tu n’es pas bête, ou tout du moins, pas assez pour te laisser berner par cet univers faux et boursouflé d’orgueil.

- Oh ça … Tu crois qu’y en a beaucoup qui s’trompent là-dessus ? Y’veulent juste pas voir … Et y z’ont peut-être raison, hein, qu’est-ce qu’on en sait … ?

Sa voix avait laissé transparaître un peu d’amertume, malgré lui. Il avait beau jouer les beaux parleurs, en fait … Il en savait rien, il savait pas où il allait, il savait pas … Déboussolé, perdu sous l’eau, dans un institut trop grand pour lui. Avec des codes, des responsabilités, des obligations … Qu’il s’était pas choisis. Voilà où il en était. Ouais, à peu près nulle part, ou vraiment n’importe où. Le lot de n’importe quel adolescent, sans doute. Sauf que Lou avait toujours souhaité ne pas être n’importe quel adolescent. Au final, avec ses fuites et ses provocations, il se demandait parfois s’il n’était pas un cliché ambulant, ou pire, une caricature de ce qu’il voudrait être …

- Mais passons.

Soit … Valait mieux, tiens. Il l’invita à continuer d’un signe de main, reportant son attention sur elle, une nouvelle fois. A chaque fois, son regard fuyait, un instant, et revenait vers elle, inexorablement. Attiré.

- Tu sais, ce n’est pas les contradictions qui me dérangent, ou du moins, pas les tiennes. Elles me dérangent moins que les banalités, et encore. En fait, peu de choses me dérangent chez toi. Dans un sens, c’est aussi flatteur pour toi.

Charmante. Lou sourit. Décidément, Judith semblait en avoir après lui. Il se surprit à se demander pourquoi. Le genre de questions qui n’en étaient pas vraiment. Un peu comme l’histoire de ceux qui se doutent bien de quelque chose, mais qui préfèrent pas trop comprendre. Lou était, comme beaucoup d’autres, un être de fuite – pour certaines choses. Les relations humaines en faisaient partie. La peur de s'attacher, la peur de devenir dépendant de quelque chose et de perdre ce détachement superbe qu'il affichait en toute occasion. Difficile, dans un monde tel que celui-là, et face à une telle jeune femme, de rester j'men-foutiste ...

- Pourtant, t’sais, j’suis chiant, comme gars …

Qu’est-ce qu’il en savait ? C’était comme le fait d’être le dernier des imbéciles. C’était sympa à jouer, et ça compliquait pas les choses … L’air espiègle d’un Arlequin triste, il jeta un regard vers le serveur qui s’approchait, l'air maussade.

- Tu vois, un gars pas chiant aurait de quoi te payer un verre, avec un « Je t’invite » tout prêt, là, à ressortir. Avec la mine engageante et tout.

Il sortit de sa poche un vieux portefeuille noir qui semblait avoir connu trois guerres et deux attentats. Recousu de fil blanc.

- Alors que moi, bah … J’ai même pas d’quoi t’offrir à boire … Et même si c’était prévu que j’te rencontre là, bah … J’aurais pu faire attention tout c’que j’voulais, il aurait suffi d’une connerie, d’un mot plus haut que l’autre, et j’perdais mon argent tout de même, d'ici là ... Ils espèrent que je me tienne tranquille, avec ça. J’demande pas grand-chose, pourtant, moi … Mais enfin tu vois … J’suis pas quelqu’un de …

Un temps d'hésitation. Parce que ça lui faisait de la peine de le dire, pour une fois.

- Peut-être pas assez fréquentable, tu vois ...

Et lui adressa un pauvre sourire d’excuse, de son air désolé d'un Pierrot lunaire, qui voulait dire que malgré tout, c'était pas sa faute ...
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